Une lecture en miroir
"Un détail intéressant est que le mot «Allah» se lit en miroir. C'est stupéfiant quand on pense que les galons, comme les tenues, ont été confectionnés à l'Ouest de la principale région musulmane. Peut-être qu'ils ont essayé d'écrire des prières afin que celles-ci puissent être lues de gauche à droite, mais avec des caractères arabes comme il se devait. L'explication si souvent avancée selon laquelle la présence d'objets orientaux dans les tombes vikings ne résulteraient que du pillage et du commerce plus à l'Est ne tient pas, car l'inscription se trouve sur une tenue typique de l'Âge Viking", explique Annika Larsson, chercheuse en Archéologie des textiles du Département d'Archéologie et d'Histoire ancienne à l'Université d'Uppsala.
C'est durant la reconstitution de motifs de textiles en vue de l'exposition Viking Couture au musée Enköpings, que les chercheurs ont découvert des fragments de tissu présentant une ancienne écriture arabe, le Kufi [ou coufique - la plus ancienne forme calligraphique de l'arabe développée dans la ville de Koufa, en Irak], invoquant à la fois Allah et Ali. Les caractères coufiques se trouvaient à l'époque des Vikings sur les mosaïques de tombeaux et de mausolées, en particulier en Asie centrale. Ces mêmes caractères coufiques, là encore, se trouvent à présent mis au jour dans des sépultures de l'Âge Viking, sur des sites centraux tels que Birka, mais aussi dans des bateaux tombes aux alentours de Gamla Uppsala.
Une influence orientale dans les sépultures vikings
"Les offrandes funéraires sous la forme de beaux vêtements, finement cousus dans des tissus exotiques, ne reflètent guère la vie quotidienne des défunts, pas plus que les tenues de soirée ne reflètent de nos jours nos vêtements du quotidien. Les matières des riches offrandes funéraires devraient plutôt être considérées comme l'expression matérielle de valeurs plus profondes", estime Annika Larsson.
Annika Larsson a depuis longtemps souligné dans ses recherches l'existence évidente d'une influence orientale dans les tombes de l'Âge Viking en Scandinavie. Dans les bateaux tombes de Valsgärde, situés à 3 kilomètres au Nord de Gamla Uppsala, la découverte des costumes funéraires va bien au-delà de celle de simples tissus de laine ou de lin. Les analyses de ces deux matériaux ainsi que des techniques de tissage et des formes des motifs suggèrent des origines dans l'ancienne Perse et l'Asie centrale.
"Dans le Coran, il est dit qu'au paradis il y aura des vêtements de soie, ce qui, avec ces inscriptions sur les galons de soie, peut expliquer l'apparition répandue de la soie dans des tombes de l'Âge Viking. Les découvertes concernent aussi bien les sépultures des hommes que celles de femmes. Les coutumes funéraires de l'époque ont probablement été influencées par l'Islam et l'idée d'une vie éternelle au paradis après la mort", conclut Annika Larsson.
L'exposition Viking Couture
Les résultats de sa recherche sont présentés dans le cadre de l'exposition Viking Couture, au musée Enköping. L'exposition a été réalisée en collaboration avec des chercheurs, des designers de textiles et des couturiers ou couturières, et repose en grande partie sur une communication visuelle et des animations ludiques. Les textes de l'exposition sont également affichés en arabe.
Le groupe du projet Archéologie des textiles est formé aussi bien d'artistes tels que Shabnam Faraee et Ylva Ceder, que de la scientifique Karolina Pallin qui a recréé les bandes de tissu pour l'exposition.
En parallèle, des analyses ADN des restes humains provenant des tombes concernées sont en cours de réalisation. Ces analyses effectuées par le Professeur Marie Allen et son équipe de recherche du Département d'Immunologie, de Génétique et de Pathologie de l'Université d'Uppsala, devraient permettre d'apporter des réponses sur les origines sociale et géographique des individus.
L'exposition Viking Couture est présentée au musée Enköping, du 30 septembre 2017 au 4 février 2018.