Le rôle et les différents statuts des femmes au sein de la société à l'Âge Viking sont principalement connus grâce aux découvertes archéologiques, aux textes de lois et aux sources écrites du Moyen-Âge mais aussi à travers les inscriptions runiques et diverses représentations (amulettes, tapisseries...).
Dans la société de l'Âge Viking, les rôles étaient clairement définis selon le sexe.
La femme commençait, probablement dès l'enfance, par apprendre à accomplir les arts ménagers et les pratiques agricoles, à suivre les préceptes de sa famille, connaître les lois morales en vigueur et servir l'intérêt du clan. En ce sens, Régis Boyer souligne que la femme était l'âme d'une société dont son mari n'était que le bras, car c'était elle la gardienne des traditions familiales qu'elle inculquait à son tour à ses enfants.
Aucune trace de jeunes femmes au coeur tendre, ni d'histoires façon "Roméo et Juliette" dans les sources littéraires. Le mariage était une de ces institutions destinées à préserver et accroître la prospérité de la famille et le choix d'un époux était la prérogative des parents ou tuteurs.
La jeune fille devenue femme, fière et énergique matrone, protégeait l'honneur de son clan avec dureté et n'hésitait pas, pour ce faire, à inciter les hommes de sa maison à exercer leur droit de vengeance en cas d'outrage - peut-être en raison de son rôle, plus passif, qui l'empêchait d'agir elle-même.
Avec les hommes qui partaient en expéditions guerrières ou commerciales, la gestion quotidienne de la maisonnée ou de la ferme devenait l’apanage de l'épouse, la húsfreyja (i.e la 'maîtresse de maison'), qui gagnait ainsi en autorité comme en indépendance et jouissait en retour pour cela d'un profond respect. En effet, l'épouse nordique participait de la sorte à la position et à la fortune de son mari. "Les sagas de contemporains prouvent, par exemple, qu'elle n'était jamais tenue pour un objet de plaisir, qu'on la respectait et que ses avis étaient toujours écoutés", indique Régis Boyer.
Les clés avec lesquelles plusieurs d'entre elles furent enterrées sont un symbole de leur influence sur le foyer et de leurs responsabilités domestiques, en particulier dans la distribution de la nourriture.
Toutefois, les femmes n'avaient bien évidemment pas le même statut, ni les mêmes prérogatives, selon la classe sociale à laquelle elles appartenaient.
La femme esclave
La femme esclave est appelée ambátt (ambáttir au pluriel)
Bien qu'on ne sache presque rien de la vie des domestiques et des esclaves, il est aisé de concevoir qu'elles étaient généralement vouées au travail non qualifié, mais aussi aux tâches les plus lourdes et les plus ingrates.
Les femmes esclaves moulaient le blé et le sel, un travail éreintant nécessitant l'usage d'un moulin à bras manuel, procédaient à la traite, au barattage et à la lessive. Au sein d'une grande exploitation agricole, elles pouvaient aussi prendre part à des activités telles que le pâturage de printemps pour le bétail, le labour, la plantation, la récolte, l'abattage et le filage.
Les femmes esclaves s'occupaient aussi souvent des enfants. Egil Skallagrimsson possédait une esclave qui avait été, durant son enfance, sa fóstra (i.e 'nourrice').
Elles pouvaient également être les domestiques personnelles du maître des lieux, et rendre certains services occasionnels en tant qu'esclaves de lit. D'après les découvertes archéologiques et des sources historiques telles que le récit de voyage d'Ibn Faḍlān, certaines d'entre elles furent sacrifiées pour accompagner leur maître jusque dans la mort.
La femme de la classe moyenne
La vie de la grande majorité des femmes se limitait au foyer sur lequel, cependant, elles régnaient de plein droit, avec une autorité absolue.
Les femmes devaient se marier, faire des enfants, les élever, prendre soin des personnes plus âgées et s’occuper de la maisonnée, c'est-à-dire de la plupart des tâches ménagères (la cuisine, le nettoyage, la confection des tissus et des vêtements) et, dans les fermes, de certaines tâches agricoles (en particulier la traite, la fenaison et les soins aux animaux).
Les moeurs funéraires et les nombreux outils pour carder la laine, peigner le lin, filer, tisser et coudre, découverts dans les tombes féminines démontrent l'importance de leur rôle dans la confection des vêtements de toute la maisonnée. Cela comprenait toutes les étapes de la fabrication: semer et récolter le lin pour la toile de lin ainsi que l’ortie et le chanvre pour les autres types de tissu; élever les moutons, les agneaux et les chèvres pour obtenir la laine qui servait à faire le vaðmál. Les fibres devaient être cardées, filées, tissées, et le textile ainsi obtenu coupé et cousu pour en faire des vêtements... mais aussi des voiles pour les bateaux.
Outre l'agriculture, l'élevage et la confection de textiles et vêtements, les femmes pouvaient gagner leur vie dans le commerce, que ce soit en famille ou seules responsables. Des balances de marchands et des poids trouvés dans des sépultures féminines en Scandinavie suggèrent un lien étroit entre les femmes et le commerce. Le compte-rendu d'une mission chrétienne au IXème siècle, à Birka en Suède, un des grands comptoirs commerciaux de l'Âge Viking, rapporte la conversion d'une riche veuve nommée Frideburg qui, accompagnée de sa fille Catla, voyagea pour son commerce jusqu'au port frison de Dorestad.
La femme de la noblesse
Les femmes dont parlent les sagas, ou bien dont les sépultures souvent riches d'offrandes funéraires sont mises au jour par les archéologues, étaient majoritairement issues de l’aristocratie, propulsées par le jeu des alliances ou l'héritage d'un statut social élevé à la tête de grandes maisonnées ou d'exploitations agricoles.
Elles détenaient les clés du garde-manger et des entrepôts, contrôlaient les provisions et avaient sous leur responsabilité un personnel important à gérer composé d'ouvriers-artisans, de domestiques et d'esclaves. Il est fort probable qu'en supervisant de grands travaux, elles aient pu gouverner par l'exemple et mettre la main à la pâte.
La domesticité qu'elles avaient à leur service leur assurait sans doute davantage de temps pour s'occuper d'elle-même et bénéficier de moments de loisirs, choses certainement rares et exceptionnelles dans la vie des femmes à l'époque viking.
La physionomie et le caractère des femmes
D'après les reconstructions faciales réalisées à partir des crânes mis au jour, la morphologie du visage des femmes et des hommes apparaît moins différenciée à l'époque viking qu'elle ne l'est aujourd'hui, si bien que les femmes possédaient des traits relativement masculins.
Lise Lock Harvig, archéo-anthropologue du Département de Médecine légale de l'Université de Copenhague, explique en effet que les femmes avaient souvent des mâchoires et des arcades sourcilières prononcées, tandis que l'ossature des hommes présente des caractéristiques moins marquées pour leur sexe que de nos jours, ce qui sème la confusion parmi les archéologues en charge de déterminer le sexe des squelettes de l'époque. "Il est plus difficile, visuellement, de déterminer le sexe d'un squelette de l'Âge Viking", confirme-t-elle.
La taille moyenne des femmes, toujours d'après les travaux de Lise Lock Harvig, était de 1,58m. Elles étaient aussi globalement plus musclées que les femmes d'aujourd'hui, notamment parce qu'elles effectuaient des tâches très physiques.
L'arthrose et les problèmes dentaires faisaient partie des maux les plus courants. Mais les chercheurs de l’Université de Tubingen qui ont analysé des squelettes afin de comparer l’état de santé des hommes et des femmes scandinaves, ont constaté qu'il n'y avait pas de différence significative entre l’émail des dents des deux sexes. Cela peut signifier que les femmes avaient accès à autant de ressources et de nourriture que les hommes - ce qui n’était pas le cas dans toutes les sociétés occidentales de l’époque.
Dans les sagas, les personnages féminins sont loués pour leur beauté - en particulier la longueur et la brillance de leurs cheveux - mais plus fréquemment encore pour leur sagesse. En règle générale, les femmes font toujours preuve d'un fort tempérament dans ces récits. Bon nombre des traits de caractère considérés comme positifs chez les hommes, tels que le sens de l'honneur, le courage et la volonté, le sont également chez les femmes. A contrario, les mères adoptives âgées, les servantes et les commères figurent parmi les personnages féminins les plus faibles dans ces mêmes sources littéraires.