La mort ne signifiait pas pour les Vikings la fin absolue, mais seulement le passage à une autre forme d'existence.
Dans les croyances nordiques, l'homme est constitué de 5 corps:
- le várðr (ou vörd), qui est la force, l'énergie qui permet toutes les formes de vie des végétaux aux humains. C'est elle qui quitte le corps au moment de la mort.
- le hamr, qui est le corps astral, la conscience qui distingue tous les êtres vivants des végétaux, un élément constitutif et indissociable de l'individu qui peut lui permettre de se métamorphoser à l'instar des guerriers fauves (berserker, ulfhednar).
- le hugr, qui est le corps mental, l'esprit, la capacité d'acquérir des connaissances et de s'en servir. Il ne se détache du corps physique qu'après que ce dernier se soit décomposé ou qu'il ait été brûlé et entame alors son voyage vers l'au-delà.
- la fylgja, qui est l'âme d'un individu et même d'un clan, le moi émancipé de l'enveloppe corporelle, un être tutélaire dont la fonction est la protection et la prédiction. Elle ne disparaît pas avec l'individu auquel elle s'est attachée mais si elle le quitte ou si elle se manifeste à lui en dehors d'un rêve, il meurt.
- la hamingja, qui est la force tutélaire d'une famille veillant au bon comportement de ses descendants. La hamingja pouvait quitter l'individu de son vivant ou être reçu par un autre membre de la lignée après la mort.
La mort était donc une mort biologique, mais pas une mort sociale. Trois vocables servent à désigner une dépouille mortelle en vieux norrois:
- lik ("cadavre")
- nár ("corps sans vie")
- hræ ("carcasse" utilisé indifféremment pour un animal comme pour un être humain)
La cérémonie funéraire
Les sépultures de l'Âge Viking mises au jour en Scandinavie par les archéologues font état de grandes disparités régionales, et parfois même locales, quelles que soient les croyances des populations. Mais toutes témoignent de l'importance accordée aux actes rituels.
D'après les recherches menées sur la prestigieuse sépulture d'Oseberg en Norvège, près de 4 à 6 mois, voire même peut-être plusieurs années, auraient été nécessaires, à l'accomplissement de ce type de funérailles comprenant notamment l'édification d'un tumulus. Les biens et des offrandes étaient déposés en quantité dans les tombes, à la hauteur du rang et de la classe sociale à laquelle appartenait le défunt.
Le septième jour après le décès de la personne, la coutume voulait que les gens célébrent le sjaund (du vieux norrois sjau ,"sept"), à l'occasion duquel se buvait la gravøl, littéralement la "bière funéraire". Cette fête rituelle donnait lieu à de joyeuses réjouissances et dfes mets en abondance afin que le défunt puisse être en paix et commencer son voyage vers le royaume des morts sans être tenté de "marcher à nouveau" (expression utilisée à l'Âge Viking pour "revenant"). Ce n'est qu'après avoir consommé cette bière que les successeurs pouvaient légitimement réclamer leur héritage ou, le cas échéant, le transfert d'une quelconque autorité.
La tombe, dernière demeure
Le lieu du dernier repos était conçu comme une demeure, et non comme une oubliette, pour le mort qui "vivait" littéralement à proximité de sa famille. En effet, dans la grande majorité des cas, les cimetières se situaient à proximité des habitations ou des fermes familiales, généralement sur des terres impropres à l'agriculture.
Ainsi, le corps du défunt était parfois assis sur une chaise comme pour siéger, ou bien étendu sur le plancher au centre de sa dernière demeure. Le mobilier funéraire, arrangé soigneusement autour de lui, délimitaient des espaces dédiés à l'alimentation, au jeu, aux armes, etc... comme pour reconstituer les différents espaces d'une maison.
La plupart des rites étaient destinés à garantir, d'une façon ou d'une autre, la meilleure situation possible dans l'au-delà pour le défunt, comme pour ses proches encore en vie.
Même les différents royaumes des morts dans les croyances étaient à l'image de l'environnement dans lequel l'individu avait évolué de son vivant, et des causes de son décès. Tout un chacun ne pouvait prétendre au même séjour dans l'au-delà, ce dernier étant directement conditionné par la vie que chaque individu avait mené.
Les dépôts dans les habitations
Selon les estimations des chercheurs, la moitié environ de la population n’aurait pas bénéficié d’une sépulture au cours de l’Âge Viking dans l'actuelle Norvège. Quid des gens en marge de la société, modestes ou fragiles, des domestiques et des esclaves? Les tombes mises au jour par les archéologues sont le plus souvent celles d'individus fortunés ou qui appartenaient à une élite.
Cependant, de récentes recherches ont démontré que les habitations n'étaient pas exclusivement le domaine des vivants et qu'elles accueillaient des parties de squelettes et des corps d'enfants, enterrés sous les seuils de porte, les planchers, les trous de poteau, dans les fondations des murs ou à proximité du foyer. Les enfants morts-nés ou morts avant d'avoir reçu un nom pourraient avoir été considérés comme des 'objets' magiques, d'après l'archéologue Marianne Hem Eriksen de l'Université d'Oslo.
Il n'est pas possible de déterminer si ces ossements, parmi lesquels de nombreux crânes, étaient les restes de proches parents, d'esclaves ou d'ennemis. De tels dépots dans les maisons pouvaient aussi bien servir à préserver l'essence d'une personne décédée, à protéger le lieu, qu'à tenter de détruire l'aura d'un ennemi.
Différentes parties de la maison servaient probablement de points de contact entre vivants et morts, mais permettaient aussi de relier le passé, le présent et le futur. Cette coutume, encore mal cernée, démontre pour le moins combien la mort faisait partie intégrante du quotidien des vivants à l'Âge Viking. Il existe d'ailleurs un mot en vieux norrois pour signifier le présage d'une mort imminente, le feigð, qui ne peut toutefois se manifester que par l'intermédiaire d'un individu doté du don de double vue, l'ofreskr.
Les grands cimetières et nécropoles
- BIRKA (Suède): plus de 3000 tombes sur une période de 2 siècles
- BORREHAUGENE (Norvège): 18,2 hectares où sont encore visibles 7 grands tumuli pouvant mesurer jusqu'à 45 mètres de diamètre et 6 mètres de haut, 1 grand cairn et 25 autres plus petits.
- LINDHOLM HØJE (Danemark): 700 sépultures entourées de pierres formant pour la plupart des navires.
- HEDEBY (Allemagne): 7000 tombes
Les architectures et les rituels funéraires
En ce qui concerne la première moitié de l'Âge Viking, les archéologues découvrent autant de sépultures masculines que féminines. Mais à partir du Xème siècle, seule une tombe sur 4 est une sépulture de femme.