Leur examen d'interprétations alternatives, telles que "l'idée que ces tertres aient pu être construits à des fins totalement étrangères aux pratiques mortuaires", s'inscrit dans le cadre du projet de recherche Viking Nativity: Gjellestad Across Borders dont l’objectif est à la fois d’explorer le rôle de Gjellestad en tant que centre de pouvoir à l’Âge du Fer et à l’Âge Viking, mais aussi de comprendre comment de tels sites ont contribué à la création et au maintien des identités collectives, de la politique et des royaumes en Scandinavie.
Une précédente étude incomplète
Jellhaug a déjà fait l'objet de recherches menées par l'archéologue Erling Johansen dans les années 1960, mais le rapport incomplet ne dit pas s'il s'agit d'un seul grand tumulus ou bien d'une élévation naturelle du paysage accueillant plusieurs tertres plus petits.
"Malheureusement, le rapport des fouilles des années 1960 ne nous renseigne pas à ce sujet, car une grande partie des documents a été perdue", indique Lars Gustavsen. Il est l'archéologue qui a dirigé les enquêtes de terrain dans le cadre du projet Viking Nativity, au cours de laquelle une équipe a effectué des relevés géoradar complémentaires autour de l'épave du navire à Gjellestad.
De plus, il est probable que ce qui peut être vu aujourd’hui – un tumulus de forme ovale avec une surface à la base de 70 à 85 mètres, culminant à près de 11 mètres - ne soit pas une représentation exacte de ce à quoi ressemblait le tertre à l’origine. En effet, Erling Johansen a fait reconstruire en 1989 le tumulus en forme de cône à l'aide d'un bulldozer, en déplaçant la terre "qu'il considérait comme des déblais de pilleurs de tombes" des bords du tumulus vers son sommet, ce qui a réduit son diamètre de quelques mètres par rapport à sa forme originale, et augmenté sa hauteur d'environ 4 à 5 mètres.
Un autre problème concerne les datations assez approximatives qui figurent dans ce rapport, car la technologie de l’époque n’était pas aussi sophistiquée qu’elle l’est de nos jours. "Les deux échantillons qui ont été utilisés pour déterminer l’âge du tumulus ont donné des dates entre 350 et 650 de notre ère, et entre 670 et 990 après J.-C. Avec de tels écarts, il est difficile d'avancer quoi que ce soit sur la manière dont le tumulus pouvait être connecté aux autres découvertes faites dans la région de Gjellestad", poursuit l'archéologue.
Aucun ossement humain n'a été trouvé
D'après les légendes locales, Jellhaug serait la sépulture du roi "Jell", inhumé dans son navire. Cependant, seul un fragment d'une grossière perle d'ambre d'un diamètre de 1,3 centimètre et environ 150 grammes de fragments d'os brûlés d'origine animale ont été répertoriés par Erling Johansen, avec quelques restes possibles de bois, des traces de rouille et une couche de charbon de bois.
Aucun ossement humain n’a été trouvé malgré son emplacement à proximité de sites funéraires importants, si bien que Jellhaug rejoint les rangs de ces grands tumulus où il n'existe pas de preuves certaines d'inhumation à l'instar du tumulus de Rakne mentionné précédemment, de plusieurs tertres de Borre, du tumulus de Halvdan à Ringerike et d'autres encore. "La question est donc de savoir si ces tumulus doivent être considérés comme des tertres funéraires ou bien s’ils avaient une signification complètement différente pour leurs constructeurs", souligne Lars Gustavsen.
Afin de réunir des éléments de réponses et replacer Jellhaug dans le contexte des découvertes faites à Gjellestad, les archéologues ont effectué des carottages ciblés dans la masse du tumulus et prélevé des échantillons pour diverses analyses.
La chercheuse et archéologue Rebecca Cannell explique comment ils ont procédé: "Avant le carottage, nous avons effectué un relevé détaillé du monticule grâce au géoradar pour trouver des zones exemptes de roches. De cette façon, nous avons limité les risques que le carottier s’arrête ou se bloque, tout en espérant que les résultats du radar à pénétration de sol pourraient nous donner des informations plus avancées sur les couches à l’intérieur du tumulus."