Les berserker et ulfhednar furent d'après les sagas islandaises, la mythologie nordique mais aussi des sources historiques, des guerriers hors nomes parmi les rangs des guerriers scandinaves de l'Âge Viking. Organisés en fraternités, ils auraient voué un culte à Odin.
Les berserker et les ulfhednar
La plus ancienne référence se trouve dans la Haraldskvæði (récit de la bataille de Hafrsfjördr), un poème du scalde Thorbjörn hornklofi en l'honneur du roi de Norvège, Harald à la Belle Chevelure, à la suite de la victoire décisive de Hafrsfjördr (872), où il est dit que des berserker et ulfhednar auraient participé en hurlant à la bataille.
L'étymologie du terme ulfhedinn (ulfhednar au pluriel) signifie "pelisse de loup". Mais celle du terme berserkr (berserker au pluriel) est plus discutée. Berserkr pourrait signifier "peau d’ours" (du vieux norrois ber särk: "chemise [en peau] d’ours") ou "sans protection" (du norvégien berr särk: "poitrine nue").
Cette dernière interprétation est notamment attestée dans la Saga des Ynglingar: "Les soldats d’Odin avançaient au combat sans armure, Semblables à des chiens ou à des loups enragés, Ils mordaient leurs boucliers ; Forts comme des loups ou des taureaux en furie, Ils foulaient au pied leurs ennemis". Ici, "sans armure" ne figure pas tant la nudité du combattant, que la bravoure du guerrier ne portant pas de bouclier ou de protection spécifique et utilisant donc ses deux mains pour le maniement de la hache ou de l'épée.
Si Régis Boyer ne tranche pas entre les deux interprétations du terme, selon Vincent Samson, auteur d'une thèse de doctorat sur les berserker, il ne fait aucun doute que le nom de ces guerriers a pour origine un ancien nom de l’ours, et les berserkir seraient littéralement les "chemises d’ours". Ainsi, le terme renverrait tout à la fois à leur accoutrement, à leur capacité à "revêtir " l’animal comme à en prendre la forme et le comportement au cours du combat.
L'animalité qui caractérise les guerriers-ours (berserkir) et les guerriers-loups (ulfhednar) dans les sources littéraires inciteront l'anthropologue et historien Georges Dumézil à les désigner sous les termes de "guerriers-fauves ": "soit à la faveur d'un don de métamorphose, soit par une hérédité monstrueuse, le guerrier éminent possède une véritable nature animale". Georges Dumézil établit en cela un parallèle entre les berserker et les Harii mentionnés comme suit dans la " Germanie" de Tacite: "Boucliers noirs, corps peints pour combattre, ils choisissent des nuits noires; l'horreur seule et l'ombre qui accompagnent cette armée de lémures suffisent à porter l'épouvante, aucun ennemi ne soutenant cette vue étonnante et comme infernale".
Selon Georges Dumézil, l'historicité du phénomène incarné par les guerriers-fauves est indéniable et remonterait aux Vème-VIIème siècles.
Le Berserksgangr
Cette rage ou folie furieuse, immédiate, soudaine et imprévisible, expérimentée par les guerriers-fauves est connue, d'après la Saga des Ynglingar sous le nom de berserkergangr: "Ni le feu ni le glaive ne pouvait les atteindre. Cette frénésie s’appelait Berserksgangr." Le berserksgangr ou littéralement "marche du berserkr ", se distingue par des manifestations caractéristiques:
- Un comportement bestial se traduisant par des cris sauvages, des claqements de dents et des frissons, des morsures incontrôlées ainsi qu'un visage rougeaud et gonflé par la colère.
" Parfois, il me semble entendre un taureau mugir ou un chien hurler, et d'autre fois c'est un peu comme des gens en train de hurler". (Saga de Örvar-Oddr)
"Ljot était un homme puissant, de grande taille. Alors qu’il s’avançait à travers la prairie vers le lieu du combat, il fut secoué par une crise de fureur: il se mit à hurler d’une voix hideuse et mordit le bord de son bouclier." (Saga d'Egill)
- Une immunité contre les armes, tantôt inhérente à l'individu, tantôt obtenue par des incantations ou grâce à la fourure animale revêtue par le guerrier.
"Aucune arme ne pouvait le blesser" ou "le fer n'avait aucune emprise sur lui" sont des phrases récurrentes au sujet des berserker dans les sagas. "Lames et armes ricochaient" sur Bödhvar Bjarki (Saga de Hrólf Kraki).
- Une force surhumaine qui vaut aux berserker d'être souvent comparés dans les sagas à des géants ou des trolls.
Saxo Grammaticus décrit dans la Geste des Danois un berserker du nom de Hardben qui avait en permanence douze hommes autour de lui pour qu'ils l'attachent lorsqu'il entrait en état de fureur. Mais, lorsqu'il reçut une invitation au combat du roi danois Haldan, il tomba soudain dans une telle furie qu'il déchira le bord de son bouclier avec ses dents, qu'il avala des charbons ardents, qu'il traversa un feu crépitant et immola six de ses compagnons.
- La perte de la raison et du contrôle de soi qui ne permet plus aux berserkrs de distinguer les siens de ses ennemis:
" Sur ces géants tombait parfois une telle fureur qu'ils ne pouvaient pas se contrôler, tuant hommes ou bétail, tout ce qui leur tombait sous la main et ne s'était pas mis à l'abri." (Saga de Hrólf Kraki )
"Et c'était leur habitude lorsqu'ils se trouvaient seuls ensembles d'accoster où ils pouvaient, l'état de Berserker (Berserkergang) tombait sur eux et ils se jetaient sur les forêts et les grands rochers; il leur est arrivé aussi de tuer leurs propres hommes et de vider leurs propres bateaux" (Saga de Hervor et du roi Heidrekr)
- Un état de faiblesse proportionnel en durée et en intensité à leur folie furieuse, pouvant durer de un à plusieurs jours, qui fut souvent mis à profit par les héros des sagas pour occire les berserker.
Tant que cette fureur durait, ils n'avaient peur de rien, mais quand elle les quittait, ils étaient tellement impuissants qu'ils n''avaient pas la moitié de leur force, et se trouvaient aussi faibles que s'ils venaient de sortir du lit à la suite d'une maladie. Cette furie durait environ une journée" (Saga de Hrólf Kraki )
"Voici ce que les gens disent à propos de ceux qui changent de forme ou ceux qui ont la furie du berserker: tant et aussi longtemps qu’ils sont dans l’état de rage, ils sont si puissants que rien n’est trop pour eux, mais dès qu’ils en sortent, ils deviennent beaucoup plus faibles qu’en temps normal. C'est ce qui arriva à Kveldulfr; dès que la frénésie le quittait, il se sentait si épuisé par la bataille qu'il avait menée, et devenait ensuite si faible, qu'il devait prendre le lit" (Saga d'Egill, ch. 27)).
Plusieurs théories à travers l'histoire ont été émises afin de tenter d'expliquer comment un tel état a pu être induit chez des individus, de la transe chamanique, à la maladie mentale en passant par des tares génétiques, la lycanthropie et la consommation massive d'alcool ou de champignons.
En 1784, le professeur suédois Samuel Ödman a avancé l'idée selon laquelle les berserker avaient eu recours à l'amanite tue-mouches, à l'instar des chamanes de la péninsule du Kamtchatka. Mais Howard D. Fabing, dans son étude publiée sous le titre On Going Berserk: A Neurochemical Inquiry condition (The Scientific Monthly, Vol. 83, No. 5), a démontré en 1956 que la butofénine, la substance hallucinogène contenue dans cette amanite, crée une gamme de réactions très différentes selon les individus, et a généralement un effet plutôt relaxant et sédatif.
L'approche psychiatrique du berserksgangr, conférant à cette condition une origine épileptique ou hystérique, a été écartée car elle ne prenait pas assez en compte, selon les ethnologues et archéologues qui ont travaillé sur le sujet, les aspects cultuels et mythologiques des tradition scandinave et islandaise. Parmi ces derniers, certains préfèrent se référer à la notion de "culte de la métamorphose" et aux phénomènes d’extases guerrières. En ce sens, Vincent Samson renvoit vers les travaux d'Otto Höfler, pour qui notamment: "l’utilisation des masques constitue dans ce contexte une 'expérience sacrée', au cours de laquelle les participants opèrent une métamorphose psychologique leur permettant d’incarner les puissances surnaturelles".
En 2019, Karsten Fatur, ethnobotaniste à l'Université de Ljubljana en Slovénie, a étudié les effets de la jusquiame noire, plus connue autrefois le nom de hanebane. Une plante herbacée de la famille des Solanacées, connue depuis la Grèce antique, qui constitue une substance intoxicante plus susceptible d'induire l'état de rage des berserker que l'amanite tue-mouches. Utilisée dans diverses cultures au cours de l'histoire comme narcotique, analgésique, traitement de l'insomnie et anesthésique, elle est aussi un remède courant contre le mal des transports qui peut entraîner une perte de mémoire à court terme. En outre, elle pousse rapidement comme une mauvaise herbe et était répandue en Scandinavie à l’époque des berserkers. Un sachet de graines de hanebane a même été découvert dans la tombe d'une femme datant d'environ 980, au Danemark [i.e la fameuse "tombe de la völva" de Fyrkat. Cf. Découverte d'un bijou qui pourrait être celui de la Völva du roi Harald à la Dent bleue].
Une confrérie odinique
Dans les sources littéraires, les berserker constituaient une sorte de corps d'élite du roi. Ce corps d'élite se composait la plupart du temps de 12 membres, au service de rois célèbres (cf. Saga Vatnsdœla, Saga de Hrolf Kraki, Saga d'Egill, fils de Grímr le Chauve). La Saga d'Egill (ch.9) entre autres, précise que les 12 berserker se tenaient à la proue du bateau lors la bataille de Hafrsfjördr, soulignant de la sorte la prééminence de ces guerriers tant par leur statut que par leur promptitude à se lancer à l'assaut de l'ennemi.
Une autre caractéristique commune de ces troupes, parfois mentionnées sous le terme de "fraternités" pour mieux souligner la force du lien qui les unissait, résidait dans le nom de leur chef, souvent nommé Bjorn ("ours"), ou par une variante telle que Gerbjorn, Gunbjörn, Arinbjörn, Esbjörn ou Thorbjorn, Bjarki ("Petit Ours"). Pour les ulfhednar, le nom dérivait de la même manière de Ulfr ("loup") tel que Kveldulfr.
Il est probable que ces fraternités se soient retrouvées au sein d'une confrérie vouant un culte au dieu Odin, car sous de nombreux aspects, les guerriers-fauves lui sont étroitement associés.
Odin est un combattant de l'ombre, à l'inverse de Thor. Sujet à des transes chamaniques, il est soumis au wut ("rage, fureur" en allemand dont dérive Wotan) ou odr (même racine en norrois qui a donné Odin). Cette fureur sacrée à l'origine du nom divin est aussi celle qui permet à Odin de dépasser ses limites, en science, en poésie ou dans la guerre.
Odin est également le dieu de toutes les métamorphoses comme le relate la Saga des Ynglingar: "Odin changeait de forme. Alors son corps gisait comme endormi, ou mort, mais lui, était oiseau ou animal, poisson ou serpent, et il allait en un instant dans des pays lointains vaquer à ses affaires ou à celles d'autrui." Cette capacité à se métamorphoser est nommée le hamrammr.
Zoom sur le hamrammr - Dans les croyances nordiques, le hugr - qui peut se traduire par "esprit"- est susceptible, sous certaines conditions et chez certains individus, de se désincarner et de prendre une autre forme, animale le plus souvent, soit le hamr - qui, par extension, a donné la hamingja désignant la force tutélaire d'un clan (cf. Georges Dumézil et Rudolf Simek). Tous, des animaux aux humains, ont le hamr, sans quoi ils tomberaient dans le domaine de l'inconscient et du végétal. Le hamr en tant que faculté de dédoublement permet alors d'agir mais aussi de s'affranchir des catégories spatiales et temporelles. C'est pourquoi, d'après Régis Boyer, il est plus juste de dire "libérer le hamr", ou "extraire le hamr", que de parler de métamorphose. Le hamrammr (i.e dont la forme est / anormalement/ puissante) serait, avec la fureur, les dons de nature divine que les guerriers-fauves acquéraient. Dans les sagas, ce sont justement les figures du loup et de l'ours qui reviennent le plus fréquemment lorsqu'il est question de "voyage sous la forme". Lorsqu'il s'agit du loup, c'est le vargúlfr . Lorsqu'il s'agit de l'ours, c'est le mannbjörn, l'homme-ours.
La Saga de Hrolfr Kraki raconte comment Bödhvar Bjarki, le champion du roi, fils de Björn ("ours") et de Bera ("ourse"), prit la forme d'un ours sur le champ de bataille. Quant à la Saga d'Egill, elle décrit le hamrammr de Kveldulfr qui : " parfois quand le soir tombait, devenait ombrageux et peu de gens pouvaient alors converser avec lui, il somnolait le soir, le bruit courait qu'il était hamrammr, il avait reçu le nom de Kveldulfr, le Loup du soir."
Enfin, dans la mythologie nordique, les guerriers dévolus à Odin sont ceux d’entre eux qui ont voué leur existence à la guerre et aux batailles, "les offensifs". Les guerriers-fauves étaient dans ce monde à l'image de l'élite formée par les einherjars dans l'au-delà. Chaque jour, les einherjars se battent entre eux dans la vaste plaine d'Idavoll, au centre d'Asgard, et au crépuscule, les morts reprennent vie, les blessés guérissent et tous se retrouvent au banquet d’Odin. Cette immunité surnaturelle n'est pas sans rappeler celle, proche de l'invulnérabilité, dont témoignent les berserker. Dans le Havamál, "Les dits du Très-Haut" (st. 149 et 156), il est question des incantations utilisées par Odin pour induire cette immunité.
L'initiation et les rituels guerriers
Les pratiques d'un tel culte par les fraternités de guerriers-fauves relevaient sans doute d'un secret d'initiés, dont seuls quelques indices esquissent la nature.
L'empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète (913-959) était un érudit qui rédigea 3 ouvrages dont le De Ceremoniis Aulæ Byzantinæ (Le Livre des cérémonies), une vaste compilation de textes sur la vie et les rituels de la cour impériale, comprenant aussi des informations sur l'armée et les campagnes militaires. Il a consigné dans cette somme une "danse goth" réalisée par les membres de sa garde varangienne, qui n'y prenaient part qu'en portant des peaux d'animaux et des masques. Cette danse pourrait avoir été liée à des rites berserker.
La documentation épigraphique et iconographique de pratiques de transes ou danses guerrières remonte au VIème et VIIème siècles et a pu être répandue, avec des variantes, dans diverses régions de culture germanique, comme le montrent les plaques de Torslunda, les ornements du casque de Sutton Hoo ou du fourreau de Gutenstein, qui mettent tous en scène des personnages avec des têtes d'ours ou de loup, vêtus de peaux d'animaux, mais avec des mains et des pieds d'homme, et d'autres, équipés de lances ou d'épées, représentés en train de courir ou de danser.
Quant à l'usage de masques, il est attesté par deux découvertes archéologiques rarissimes de l'Âge Viking, faites sur le site de Hedeby, sans que ces exemplaires puissent toutefois être rattachés directement aux rituels des guerriers-fauves. Le premier masque, en feutre fin (0.4cm) et de couleur rouge, mesure 19x14cm et est censé représenter un mouton ou un chien, dont le museau a été façonné en relief Le deuxième masque, en serge moyennement fine (de 0.9 à 1.7cm), mesure 20x26cm et est censé représenter une vache. Seule la moitié de ce masque, qui se composait de différentes parties - dont l'une en feutre pour le museau- cousues ensemble, s'est conservée (Die Textilfunde aus dem Hafen von Haithabu, Inga Hägg). Inga Hägg estime que ces masques auraient été portés avec une capuche couvrant le reste de la tête, à laquelle ils pouvaient être attachés, ou épinglés ou cousus.
D'autres pratiques rituelles attribuées aux berserker sont évoquées dans les sagas et peuvent illustrer ce qu'aurait été l'initiation d'un jeune guerrier intégrant une confrérie de berserker. D'après les récits, cette initiation aurait pris la forme d'un combat, réel ou simulé, avec un ours ou un adversaire redoutable. La Saga de Grettir raconte qu'un homme nommé Björn jeta le manteau de Grettir dans la tanière d'un ours. Grettir tua l'ours, récupèra son manteau, et revint avec une griffe de l'ours comme symbole de sa victoire sur l'animal. Dans la Saga de Hrólf Kraki, Bodhvarr Bjarki veille à l'initiation de Hjalti: Bodhvar Bjarki commença par tuer une bête aux allures de dragon, puis il tendit la peau de l'animal sur un cadre afin que Hjalti "attaque" la bête et la tue symboliquement devant témoins, gagnant ainsi sa place parmi les guerriers.
Le statut des guerriers-fauves dans la société
Le statut des guerriers-fauves dans la société de l'Âge Viking est ambigu. En tant que guerriers d'élite au service d'un roi, et sous l'égide du dieu Odin, leur fonction prestigieuse devait susciter l'admiration. Mais la violence engendrée par le berserkergangr a sans doute plus provoqué des sentiments d'horreur et de terreur. Le fait est que s'en prendre indistinctement à ses amis ou aux membres de sa famille, allait véritablement à l'encontre de l'éthique héroïque qui exigeait loyauté et fidélité à ses proches. Le statut du berserker flirtait donc avec la classe sociale des niðingr, c'est-à-dire celle des hommes faibles, objets de haine et de mépris. Une pierre runique (U 954) du XIème siècle découverte à Söderby, dans l'Uppland (Suède), en témoigne: "Eyríkr(?)/ Auðríkr(?) et son père, ont érigé la pierre en mémoire de Helgi, leur frère. Et Sassurr l'a tué en agissant à la manière d'un niðingr- il a trahitson partenaire [félag]. "
En plus de leurs débordements meurtriers au sein de leur propre communauté, les sagas et la Geste des Danois de Saxo Grammaticus rapportent que les berserker faisaient montre d'un insatiable appétit sexuel, enlevant et violant indifféremment vierges, promises et épouses.
Il ne fait aucun doute que, pour toutes ces raisons, à laquelle il faut sans doute ajouter la christianisation, les guerriers-fauves tombèrent en disgrâce et disparurent. Leurs excès les rendirent semblables, au regard des sources littéraires, à "un groupe de prédateurs querelleurs et d'assassins qui perturbèrent la paix de la communauté viking à plusieurs reprises", comme le résume Howard D. Fabing dans son étude. Et ce fut à un point tel, que vaincre un berserk en combat singulier devint un exploit digne des plus grands héros des sagas islandaises.
En 1015, le roi norvégien Éric Håkonsson déclara les berserker hors-la-loi, ainsi que les duels [hólmganga en vieux norrois et en islandais], tant il était devenu une pratique courante pour un berserk de défier en combat singulier des hommes de biens, de les tuer et de prendre possession de leurs richesses comme de leurs femmes. Une tactique difficile à contrer, puisqu'un homme ainsi défié en duel avait jusqu'alors l'obligation d'y répondre en personne, ou bien d'avoir un champion prêt à se battre pour lui, sous peine d'être considéré niðingr, lâche.
La Saga de Grettir (st. 19) illustre à deux reprises la décision du roi: "Il était considéré comme un scandale dans le pays que des pilleurs et des berserker puissent entrer dans le village et défier des honnêtes gens en duel pour leur argent ou pour leurs femmes, sans verser d'argent en contrepartie des morts. Beaucoup avaient perdu leur argent et s'en retrouvaient fort honteux; certains avaient en effet perdu la vie. Pour cette raison le jarl Eirik fit interdire tous les holmgangs en Norvège et déclara hors-la-loi tous les voleurs et les berserker qui dérogeaient à la paix." (...) "Les pires de ces bandits était deux frères nommés Thórir Thömb et Ögmund le mauvais. Ils venaient d'Halogaland et étaient plus grands et plus forts que les autres hommes. Quand ils se mettaient en colère, ils tombaient dans la fureur du berserk, et rien ne leur échappait. Ils emportaient les femmes des hommes, les gardaient une semaine ou deux et les renvoyaient ensuite. Partout où ils allaient, ils commettaient des vols et d'autres actes de violence. Le jarl Eirik les a déclarés hors-la-loi dans toute la Norvège. "
L'Islande chrétienne promulga en 1123 une loi instituant un bannissement du pays d'une durée de 3 ans, de tout individu identifié berserkr. Dès le XIIème siècle, l'avènement du christianisme évacua donc définitivement de la société les croyances et pratiques païennes auxquelles furent rapidement assimilé le berserkergangr.
Des svinfylkingar?
Il est courant de trouver sur Internet des références aux svinfylkingar, qui seraient à l'instar des berserker et des ulfhednar, des "guerriers-sangliers" vouant un culte au dieu Freyr. Ce n'est attesté par aucune source.
Cependant, le terme svinfylking signifiant "tête/groin de sanglier", est le nom donné à une version de la formation tactique en coin, utilisée dès le début de l'Âge du Fer en Scandinavie puis par les Vikings. Elle est connue sous le nom "schweinskopf" par les peuples germaniques. Son invention a été attribuée dans la mythologie nordique au dieu Odin .
La pointe de cette formation en triangle était composé d'un seul guerrier. Le nombre de guerriers augmentait ensuite de manière constante d'un individu à chaque rang. Les guerriers issus de la même famille ou d'un même clan étaient priviligiés au sein de cette formation afin d'ajouter à sa cohésion. Cette tactique permettait de mener une charge offensive éclair pour briser une colonne ou des lignes ennemies.
Les guerriers, à pied ou à cheval, assignés à cette formation étaient vraisemblablement lourdement armés pour le corps-à-corps.