Des traditions et des lois, variables selon les régions, fixaient les conditions sous lesquelles un individu devenait esclave ou cessait de l'être, quels devoirs s'imposaient au maître et par conséquent quels droits et libertés conservait un esclave. En somme, elles permettent d'estimer le degré d'humanité qui s'exprimait envers un esclave.
Les différentes manières de se retrouver dans la condition d'un esclave à l'Âge Viking sont:
- la naissance (né(e) de parents esclaves)
- une capture ou un enlèvement lors d'un affrontement ou d'un raid
- une acquisition sur un marché aux esclaves
- une incapacité à payer une dette ou à subvenir à ses besoins
- un jugement pour une personne reconnue coupable d'un crime
Sueur et sang
À travers toute la Scandinavie, l'asservissement était marqué par le port d'un tour de cou en fer et des cheveux coupés courts: la femme esclave n'était pas autorisée à couvrir ses cheveux d'un foulard car cela était réservée aux femmes libres et aux dames de la noblesse. La tenue habituelle de l'esclave consistait en une simple tunique ou drap de bure non teint.
Durant l'Âge viking, les thrællar étaient employés généralement au travail non qualifié et effectuaient les tâches les plus lourdes et les plus ingrates, telles que l'abbatage des arbres, la construction des bâtiments et des bateaux, l'épandage du fumier, ou l'extraction de la tourbe. Les ambáttir moulaient le blé et le sel (des tâches éreintantes nécessitant l'usage d'un moulin à bras manuel), faisaient la cuisine, procédaient aux soins et à la traite du bétail, effectuaient le barattage et la lessive, occupaient les fonctions de nourrice et de servantes personnelles, avec certains services occasionnels en tant qu'esclaves de lit, voire concubines. Les deux sexes prenaient part aux tâches relevant de la gestion d'une ferme, comme le pâturage de printemps pour le bétail, la labour, la plantation, la récolte, le filage.
Le rude traitement imposé aux esclaves se manifeste aussi bien dans les archives historiques que lors des découvertes archéologiques, même si la plupart des tombes d'esclaves devaient se résumer à une simple fosse anonyme sans aucun mobilier funéraire.
Elise Naumann, archéologue à l’Université d’Oslo, a récemment découvert que les corps décapités retrouvés dans plusieurs sépultures vikings n’avaient aucun lien de parenté avec les autres dépouilles. Cette absence de parenté, ainsi que des traces d’abus physiques, tendent à confirmer qu’il s’agissait d’esclaves sacrifiés à la mort de leur maître. Cette pratique est d’ailleurs mentionnée dans les écrits vikings et les chroniques arabes telles que celle d'Ahmad Ibn Fadlan. Les ossements ont également révélé un régime alimentaire à base de poissons, alors que les maîtres mangeaient plus copieusement de la viande et des produits laitiers.
La tombe d’un riche viking sur l’île de Man, dans la mer d’Irlande, a révélé les restes d’une jeune femme tuée d’un coup violent sur la tête mélangés avec des cendres d’animaux. Il existe d’autres exemples similaires dans toute l’Europe.
Les esclaves devant la loi
Aux yeux de la loi, l'esclave n'existait pas en tant que personne et était la propriété de son maître, qui pouvait disposer de sa vie.
Le wergeld (littéralement "prix de l’homme", ou "l'argent du sang", soit la somme d’argent demandée en réparation à une personne coupable d’un meurtre, ou d’un autre crime grave) ne s'appliquait pas aux esclaves, mais un homme qui tuait l'esclave d'un autre homme lui devait dommages et intérêts, tout comme cela aurait été le cas s'il lui avait tué une vache ou un cochon.
Un propriétaire d'esclaves était dans l'obligation de fournir des soins médicaux et un toit au thræll qui avait été blessé ou mutilé durant son service. Mais l'émissaire arabe Ahmad Ibn Fadlan, qui a rencontré les Scandinaves au cours de ses voyages, rapporte que si un esclave venait à mourir: "ils le laissaient sur place comme nourriture pour les chiens et les oiseaux."
Les esclaves ne pouvaient pas se marier et et leurs enfants appartenaient à leur propriétaire. L'enfant d'un thræll naissait esclave et n'était donc pas traité aux yeux de la loi différemment des nouveaux esclaves. Par contre si un enfant naissait d'une union avec une femme libre, il était considéré comme libre, même si son père était un thræll.
Ils n'avaient le droit de posséder ni arme, ni biens, ni terre. Les seules exceptions concernaient le cas où le propriétaire autorisait un esclave qu'il estimait, à travailler une petite portion de terre et donc à en récolter pour lui-même les recettes, ainsi qu'à vendre l'artisanat qu'il produisait pendant son temps libre mais seulement à hauteur du tiers d'une once d'argent. L'objectif de l'esclave était ainsi d'accumuler assez d'argent pour parvenir à racheter sa liberté.
La loi prévoyait en effet qu'un esclave puisse verser une somme définie au préalable afin de racheter sa liberté.