Les sacrifices d'animaux
C'était l'une des formes les plus fréquentes, mais en dehors de l'immolation rituelle et du repas pris en commun au cours duquel la chair des animaux sacrifiés est consommée, peu de choses sont connus à ce sujet.
Les animaux pouvaient aussi être jetés en oblation dans un "puits à offrande" tel le sacrifice de Budsene à Møn (Danemark), où des parties de squelettes non brûlés de moutons, chiens, porcs, chevaux et bœufs ont été placés ensemble avec de belles pièces de bronze dans un grand tronc d'arbre.
Dans tous les cas, il est probable qu'il y ait eu une relation entre l'espèce animale sacrifiée et le dieu auquel le sacrifice est adressé. Ainsi, les boucs font référence à Thor, le bélier à Heimdall, le sanglier à Freyr, le taureau peut-être à Tyr et le cheval à Odin. À noter que la consommation de viande de cheval semble avoir été strictement réservée aux repas rituels et fut interdite après la christianisation bien que cette tradition se soit perpétuée encore un certain temps en Islande grâce à une mesure d'exception.
Dans la Hakonarsa Goda 14, Snorri Sturluson décrit le déroulement d'un blót en Norvège: Sigurd, jarl de Hladir, était un sacrificateur zélé, et il fit un sacrifice à Thandheim selon l'ancienne coutume. Tous les paysans devaient y participer et s'approvisionner eux-mêmes pour la durée de la fête sacrificielle. Divers petits animaux furent tués et aussi des chevaux. Le sang du sacrifice (hlaut) fut recueilli dans des récipients spéciaux ( hlautbollar) et avec un rameau ( hlautteinn) utilisé comme goupillon, on en aspergea l'autel, les murs et les invités. Le chef qui avait organisé le sacrifice devait ensuite consacrer la coupe (full) et le premier toast était bu en l'honneur d'Odin, les suivants en l'honneur de Njörd et Freyr, afin d'obtenir une bonne récolte et la paix. Ensuite venaient le bragarfull et le minni, toasts portés à la mémoire des défunts.
Les sacrifices humains
Les sacrifices humains représentent la forme suprême de l'offrande aux dieux par une communauté, mais ils ne sont pas liés à des finalités bien définies. Ils peuvent avoir été pratiqués lors de fêtes sacrificielles ou bien dans des périodes de crise comme des famines, des épidémies ou des guerres, sous la forme d'un sacrifice expiatoire ou bien encore d'un sacrifice dédié exclusivement au père de tous les dieux, Odin.
Lors d'une découverte archéologique, il est en effet bien difficile de faire la différence entre un rite sacrificiel et l'application d'une peine de mort, qui peut se concevoir comme un sacrifice expiatoire offert aux dieux courroucés. Par exemple, les squelettes datant de l'Âge du Fer découverts dans des marais au Danemark ne permettent pas de déterminer avec certitude s'il s'agissait d'une mort infligée à des criminels ou bien de sacrifices humains.
Lorsqu'il s'agit d'une fête établie et de la pratique d'un rite cultuel, aucun doute ne peut subsister quant à la nature sacrée du sacrifice humain. Cela aurait été le cas de la fête sacrificielle d'Uppsal (voir ci-après) et des sacrifices faits à Odin, tous deux illustrés à de nombreuses reprises dans les sources anciennes.
Un sacrifice caractéristique d'une offrande au dieu Odin consistait à pendre la victime et à la transpercer avec une lance, en référence à l'autosacrifice d'Odin et à celui du roi Vikar. Des tapisseries évoquant l'Âge Viking comportent notamment des représentations figuratives de pendus dans des bosquets. Par ailleurs, bien qu'il s'agisse d'après les sagas une façon de venger son père, le supplice appelé blóðörn en vieux-norrois, c'est-à-dire "aigle de sang", passe aussi pour être un sacrifice odinique, .
A contrario, aucun sacrifice humain au dieu Thor n'est attesté.
Des monuments figuratifs tels que la pierre historiée de Gotland "Lärbro Hammars I" ( cf. photo) et une bractéate danoise en or montrent un sanglant sacrifice humain où la victime est abattue - et non pendue.
Le sacrifice aux alfes (alfablót)
Cette pratique de l'alfablót est connue grâce à l'ancienne littérature nordique dans trois cas:
- La première provient des Austrfaravisur du scalde Sighvarr Thordarson qui parle du voyage en Suède qu'il entreprit à l'automne de l'année 1018. Il raconte que dans plusieurs fermes, il fut refusé parce qu'on était en train de pratiquer un sacrifice aux alfes. Il semble ressortir de sa description ironique le fait qu'il n'avait pas connaissance de ce sacrifice en Norvège. C'est le seul endroit dans l'oeuvre où il est fait mention du sacrifice aux alfes.
- La deuxième provient de la Komakssaga 22 qui parle d'une autre sorte de sacrifice aux alfes: il est recommandé à Thorvard, blessé, de verser le sang d'un taureau sur une colline habitée par des alfes et de leur préparer un repas avec la viande. D'après la chronologie de cette saga, cet événement se passerait dans la deuxième moitié du Xème siècle. Or la saga elle-même n'a été rédigée qu'au cours de la première moitié du XIIIème siècle, si bien qu'il n'est possible de recevoir cette croyance en la vertu de guérison des alfes, si toutefois il ne s'agit pas d'une affabulation de l'auteur, que pour cette dernière époque.
- La troisième mention provient des Ynglingasaga 48, 49 où il est question du roi Olaf Gudrödarson, enterré à Geirstad au terme d'un règne heureux. Après sa mort, ce roi fut appelé par la population "Geirstadaalf" ( l'alfe de Geirstadir) et on lui offrait des sacrifices.
Il n'y a rien de certain quant à la manière dont se pratiquait le sacrifice aux alfes, mais les Vikings vouaient un culte certain à ces derniers, ce qui n'est pas le cas pour les nains.
Le sacrifice aux dises (disablót)
Le sacrifice aux dises n'est attesté pour la Scandinavie que dans deux sagas islandaises (Viga-Glumssaga 6 et Egilssaga 44) peu fiables à ce sujet et datant du milieu du XIIIème siècle. Elles mentionnent toutes deux une fête célébrée en Norvège, à l'automne ou au début de l'hiver, c'est-à-dire à la mi-octobre, appelée "sacrifice aux dises".
Les dises sont des âmes de femmes défuntes, tantôt considérées comme des divinités féminines, tantôt comme des sortes de valkyries qui conduisent les morts, appelées Herjans disir (les dises d'Odin).
En ce qui concerne la pratique du sacrifice, ces deux sagas rapportent que seul un banquet y était associé. Même si ces indications ne constituent qu'un lieu commun en littérature, elles prouvent tout de même que les Islandais prenaient leurs distances vis-à-vis de leur propre passé à propos de ce culte qu'ils situaient en Norvège.
Snorri Sturluson, au début du XIIIème siècle, connaissait égalment le sacrififce aux dises. Dans l'Ynglingasaga 33, il le replace dans les cultes célébrés à Uppsal, en Suède. Les indications de Snorri ne font que compléter la mention de ce sacrifice dans l'Ynglingatal, poème rédigé au IXème siècle par Thjodolf or Hvini où le sacrifice aux dises est rangé de toute évidence parmi les plus grandes cérémonies cultuelles d'Uppsal. Dans ce contexte, l'expression disasal se réfère peut-être à une pratique cultuelle plus élaborée et à l'existence d'un temple dédié.
Les sources littéraires laissent supposer que le culte des dises était plus répandu en Suède que partout ailleurs. Néanmoins, les toponymes attestant l'ancienneté du culte des dises ne se trouvent pas qu'en Suède ( Diseberg, Disevi) mais aussi en Norvège ( Disin).