En même temps que la conception de la valhöll passe du champ de bataille au paradis des guerriers, le rôle des valkyries évolue.
La conception primitive cède le pas aux jeunes filles armées de boucliers, aux vierges guerrières de la terre qui, à l'instar des einherjar, survivent après la mort dans la valhöll. Comme elles l'étaient sûrement autrefois en tant que génie des morts, elles continuent certes d'être étroitement associées à Odin, mais désormais elles ont pour fonction d'intervenir dans la bataille et de décider ainsi du destin; elles deviennent donc des guerrières supra-terrestres qui exécutent la volonté d'Odin.
La valkyrie est à rapprocher de la déesse guerrière celtique, la Morrigan, qui peut prendre la forme d’un corbeau ou de la créature irlandaise Badb qui est à la fois une prophétesse prédisant le destin des hommes sur le champ de bataille et une corneille ou un corbeau.
Le corbeau donne des informations aux valkyries, ce dont témoigne le dialogue entre la valkyrie et le corbeau dans le Poème de Haraldr, composé à la fin du IXème siècle. Voyant un corbeau avec son bec sanglant et de la chair adhérant à ses griffes, une valkyrie lui demanda d’où il venait. L’oiseau lui répondit qu’il avait suivi le roi Haraldr jusqu’à la bataille du Hafrsfjördr où il fut vainqueur de ses ennemis et put ainsi unifier la Norvège.
La prédiction de la prophétesse se réalise aussi par le travail de mains de femmes à la création d'une bannière au corbeau :
"Car les Danois avaient une bannière possédant une merveilleuse propriété, et bien que cela semblera incroyable au lecteur, néanmoins, parce que c'est vrai, j’en parlerai ici pour lui et pour l'amour de la vérité. Car bien qu'elle ait été tissée d'une simple soie très brillante et qu’il n'y ait aucune figure brodée encore, il semble qu’en temps de guerre un corbeau y apparaissait en cas de victoire, ouvrant son bec, battant des ailes, agitant les pattes, mais en cas de défaite, le corbeau était alors calme et en position de chute libre." (Hrafnhildur Bodvarsdottir, p.111)
Quelquefois, les valkyries-prophétesses couvertes de sang sont perçues telles des tisserandes, comme dans la poésie Darraðarljóð dans laquelle les valkyries prédisent le résultat de la bataille du jour suivant (exemple: la description de la chute de Brian Boru face aux forces vikings à la Bataille de Clontarf, 1014). Le tissage est une fonction absolue tant de la valkyrie que des nornes. Dans Beowulf, la "trame de la victoire" ( wigspeda gewiofu) a été créée par la valkyrie.
La valkyrie qui peut tisser la victoire peut aussi tisser la défaite, car la valkyrie possédait l'art de la stratégie, et cela lui permettait de défaire un guerrier par la terreur, ou de le libérer de ces mêmes liens. Comme les nornes, les valkyries sont intimement impliquées dans le tissage ou le filage du destin des hommes (Skuld est à la fois le nom d'une valkyrie et le nom d'une norne). Pour cette capacité, les valkyries telles les Dises ont été vénérées et honorées par des sacrifices (dísablót) comme dans la saga d’Ynglinga (28).