Les remèdes à base d'alcool
La bière consommée par les Vikings contenait un certain nombre d'additifs. Outre le fait de développer d'autres saveurs et d'obtenir une meilleure conservation, ces additifs permettaient de tuer les bactéries et accordaient au breuvage leurs propriétés médicinales.
Il s'agit d'ingrédients naturels très variés, comme le houblon, le genévrier, la menthe-coq (Tanacetum balsamita), le lierre terrestre (Glechoma hederacea), ou le gruit qui désigne un mélange de plantes composé le plus souvent de piment royal ou myrte des marais (Myrica gale), d'achillée millefeuille (Achilea millefolium), de lédon des marais ou lédum palustre (Rhododendron tomentosum), toutes utilisées au Danemark, en Allemagne du Nord et en Angleterre.
L’hydromel est une autre boisson alcoolisée, à base d’eau, de miel et de levures (celles qui se trouvent dans le miel ou celles ajoutées dans la préparation) très ancienne. Elle était considérée comme étant d'essence divine dans les croyances de l'Âge Viking, et ce d'autant plus qu'elle fut probablement prisée pour ses vertus médécinales. Si aucune étude ne s'est véritablement penchée sur le sujet, l'hydromel recèle néanmoins tous les bienfaits du miel, connu pour ses propriétés antiseptiques et antibiotiques. Un breuvage divin et médicinal dont la composition pouvait là aussi, s'enrichir d'herbes et d'épices avec d'autres propriétés.
Les divinités guérisseuses
Les invocations étaient susceptibles d'être adressées à n'importe quelle divinité du panthéon nordique, sous la protection desquelles les individus se plaçaient en arborant notamment des amulettes à l'image de la divinité ou figurant un de ses attributs comme le marteau de Thor. Mais certaines d'entres elles avaient plus spécifiquement pour fonction de protéger et de soigner; ces divinités sont des déesses, hypostases de Frigg, l'épouse du dieu Odin.
- Eir, dont le nom signifie "celle qui aide".
Dans l'Edda de Snorri, Eir n'est mentionnée que brièvement, désignée d'abord comme déesse guérisseuse dans la Gylfaginning (ch.35): "La troisième [déesse] est Eir. Elle est la meilleure de tous les médecins", puis citée comme une valkyrie parmi d'autres dans le Skáldskaparmál (ch. 75). Or les valkyries avaient le pouvoir de ressusciter les morts et de guérir.
Dans le Fjölsvinnsmál (st. 38) - un poème probablement composé au XIIème siècle, rattaché à l'Edda Poétique et à plusieurs manuscrits du XVIIème siècle - Eir figure parmi les vierges qui sont assises sur le mont nommé Lyfjaberg ("Montagne de la guérison"), et au service de Menglöð, un autre nom pour désigner la déesse Frigg.
- Hlin, dont le nom signifie "celle qui protège".
Dans les Thulur, Hlin est citée comme la déesse que Frigg envoie pour protéger les hommes en danger et la tenir informée de leurs demandes. Hlin conseille aussi Frigg sur la façon d'y répondre.
Dans la Völuspá (53), Hlin semble n'être qu'un autre nom de Frigg
- Frigg, dont le nom signifie "bien-aimée"
Frigg est la déesse principale des ases, épouse du dieu Odin. Déesse de l'amour et notamment protectrice de la maternité, elle posséde la connaissance du destin de chaque être et est associée à la guérison par ses servantes et hypostases Eir et Hlin. Elle est appelée auprès des agonisants, afin de faciliter le passage entre la vie et la mort.
Les invocations pouvaient être accompagnées d'offfrandes votives ou de sacrifices d'animaux dans le but d'influencer favorablement les puissances divines. La nature du don devait se trouver en rapport avec la faveur attendue. Vêtements, ustensiles du quotidien, figurines sont susceptibles d'avoir formé autant d'ex-voto possibles ou d'offrandes pars pro toto (la partie pour le tout).
Les inscriptions runiques de guérison
Les sources littéraires comme les sagas et l'Edda font état de l'utilisation d'inscriptions runiques comme vecteurs de protection, de guérison, ou de conjuration.
D'après le Rúnatal, une section du poème Hávamál, la découverte des runes est attribuée au dieu Odin: ce dernier resta suspendu à l'Arbre Monde, l'Yggdrasil, après avoir été transpercé par sa propre lance, Gungnir, durant 9 jours et 9 nuits, afin d'acquérir la sagesse nécessaire à l'exercice du pouvoir dans les 9 mondes, ainsi que la connaissance des choses cachées - dont les runes, qu'il offrit aux hommes. Le mot même rúna signifie "secret". La connaissance des runes autant que l'art de les graver, a fortiori pour guérir un individu, étaient l'apanage des scaldes et des artisans graveurs.
La saga d'Egill, fils de Grímr le Chauve, composée en Islande dans la première moitié du XIIIème siècle, illustre à la fois le mauvais usage des runes et leur pouvoir de guérison. Alors qu'il traversait la province du Värmland, située aux confins de la Norvège et de la Suède, le scalde Egill guérit à l'aide de runes la fille d'un paysan qui était atteinte d'une longue maladie. Pour ce faire, il commença par gratter l'inscription en forme de Manrúnar (ou runes d'amour) qu'un jeune homme des environs avait maladroitement gravées sur un morceau de fanon de baleine, puis il traça de nouvelles runes sur le même support, si bien que la jeune fille sortit de son état de langueur et fut guérie.
Des inscriptions runiques de guérison ont été retrouvées sur différents supports comme le fragment d'un crâne à Ribe (Danemark, 800 - DR EM85;151B), une amulette à Sigtuna (Suède, 1000 - U Fv1933;134) ou encore un os à Dublin (Irlande, date? - IR 10).
L'une des plus longues inscriptions de conjuration, 143 runes, figure sur une amulette en cuivre découverte à Södra Kvinneb (Suède, 950-1100 - Öl SAS1989;43) : "Je cache ici sous le dieu de la suie (dans les cendres du foyer?); moi, Bofi, je transporte dans ma peau une plaie purulente - Toi qui sais, dieu de la suie, où se trouve le Chatoyant - Chasse le mal (du corps) de Bofi! Puisse Thor le garder du marteau avec lequel il frappe Amr. Puisses-tu être dans la détresse, Amr! Va-t-en, être malfaisant! La détresse quitte Bofi, le bien est en-dessous et au-dessus de lui."
Même après la fin de l'Âge Viking, lorsque toute la Scandinavie fut christianisée, les inscriptions runiques de guérison continuèrent à être utilisées, sans qu'il soit possible de déterminer précisemment s'il s'agit d'une survivance des anciennes croyances ou non. En cela, elles ont permis d'éclairer les pratiques antérieures.
Les formules chrétiennes sont presque toujours rédigées en latin, qu'il s'agisse d'exorciser un démon, un revenant ou de guérir d'une maladie.
- L'une des plus longues inscriptions runiques en latin fut découverte sur une tablette en plomb à Blaesinge (Danemark - SI04, Z). C'est une conjuration au nom de la Trinité divine invitant 7 soeurs (7 fléaux?) à épargner le chrétien: "Vous, les 7 soeurs, ... Ellffrica, Affricea, Soria, Affoca, Affricala, je vous conjure et vous invoque au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit: ne venez pas tourmenter ce serviteur de Dieu ni dans ses yeux ni dans ses membres ni dans sa moelle, ni dans une articulation de ses membres et que la puissance du CHrist, le Très Haut, vous habite! Voici la croix du Christ! Fuyez, forces hostiles..."
- Une autre plus longue encore, formée de 337 runes, figure sur le baton runique de Ribe (Danemark, vers 1300 - M65). Le graveur semble s'identifier au médecin et s'adresse tantôt au malade, tantôt au mal qu'il est chargé d'expulser.: "Je prie la terre de prendre garde, et le ciel qui est en haut, le soleil et Sainte Marie, et le Seigneur Dieu lui-même, afin qu'ils me donnent la main qui soigne et la langue qui guérit, pour guérir 'la tremblante', quand elle a besoin de guérison. Hors du dos et hors de la poitrine, hors du corps et hors des membres, hors des yeux et hors des oreilles, hors de partout où le mal peut pénétrer. Il y a une pierre qui se nomme Noire, elle dresse dans la mer. Sur elle se tiennent neuf Nécessités. Elles ne doivent ni dormir agréablement, ni veiller au chaud tant que tu n'auras pas obtenu guérison de ce (mal) pour lequel j'ai (tracé en) runes des formules à prononcer. Amen. Ainsi soit-il."