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Angleterre - Une fosse commune de l'époque viking découverte au sud de Cambridge

Des archéologues ont mis au jour une fosse commune de l'époque viking contenant les restes en partie démembrés de dix individus, au sud-est de Cambridge, en Angleterre. Cette fosse, qui renfermait également le squelette d'un homme de très grande taille ayant subi une trépanation, pourrait être un témoignage des conflits du IXème siècle entre Saxons et Vikings.

C'est dans le cadre d'une fouille de formation effectuée par des archéologues et des étudiants en licence d'Archéologie de l'Université de Cambridge que des victimes d'une bataille ou d'une exécution datant du IXème siècle de notre ère ont été découverts dans une fosse commune au printemps 2025.

Le site se trouve à environ 5 km au sud de Cambridge, dans une région qui représentait à cette époque une 'zone frontière' dans le conflit entre le royaume de Mercie, dirigé par les Saxons, et le royaume d'East Anglia, conquis par les Vikings vers 870.

Lors des investigations qui ont duré jusqu'à l'été de la même année, les restes de 10 individus ont été dénombrés d'après le nombre de crânes. Parmi eux se distinguent au moins une victime de décapitation et un homme, d'une taille extrêmement grande pour l'époque, dont la boîte crânienne a été trépanée.

 

Uniquement de jeunes hommes

Angleterre - Fouille de la fosse commune de Wandlebury par les étudiants en Archéologie - Photo: Université de CambridgeFait inhabituel, rapporte le communiqué de l'Université de Cambridge, la fosse contenait un mélange de restes entiers et d'autres démembrés, notamment un amas de crânes sans corps clairement identifiables et un "tas de membres inférieurs", ainsi que 4 squelettes complets, certains dans des positions suggérant que les individus étaient ligotés au moment de leur trépas.

Il semblerait qu'il ne s'agisse que de jeunes hommes jetés sans ménagement dans la fosse, ce qui laisse penser aux archéologues qu'ils ont découvert là le résultat d'une escarmouche ou d'une exécution en règle, voire une combinaison des deux.

Les fouilles, dirigées par le Dr Oscar Aldred de l'Unité archéologique de Cambridge (CAU), ont eu lieu au Wandlebury Country Park, célèbre pour son "système annulaire" : une série de remblais et de fossés formant les vestiges d'un oppidum de l'Âge du Fer construit un millénaire avant l'époque viking.

La fosse commune, qui mesure 4 mètres sur 1 mètre, a été mise au jour au sud de l'oppidum, juste à l'extérieur de l'enceinte fortifiée.

 

La découverte la plus importante depuis 1976

D'après les archéologues, la présence de vestiges de l'Âge du Fer à Wandlebury devait en faire un lieu de rencontre prisé au haut Moyen-Âge, tout comme c'est encore le cas aujourd'hui pour les excursions scolaires et les sorties en famille.

Depuis plusieurs années, le département d'Archéologie de l'université et la CAU travaillent en partenariat avec l'association caritative locale Cambridge Past, Present and Future, propriétaire du parc de Wandlebury, pour former les étudiants aux fouilles sur le terrain, mais cette découverte est à ce jour la plus importante qu'ils aient faite - et la plus macabre aussi.

"Avant de découvrir ces premiers vestiges, notre meilleure trouvaille était un couvercle de boîte de Smarties des années 1960", a déclaré Olivia Courtney, étudiante en Archéologie originaire de Bath et actuellement en 3ème année à l'Université de Cambridge. "Je n’avais jamais vu de restes humains sur un site de fouilles, et j’ai été frappée par la proximité et la distance que nous avions avec ces personnes. Nous n’étions séparés que par quelques années par l'âge, mais par plus de mille ans dans le temps."

Ce sont les premiers restes humains trouvés à Wandlebury depuis 1976, date à laquelle une tempête avait déraciné un arbre près du récent site de fouilles et fait apparaître une fosse avec 5 squelettes datant également de la même époque.

 

Un géant pour l'époque

Parmi les ossements mis au jour figurent les restes complets d'un homme décédé entre 17 et 24 ans, jeté face contre terre dans la fosse, qui mesurait environ 1,96 mètre.

Une première datation au radiocarbone, qui sera affinée ultérieurement par des analyses complémentaires, situe avec une probabilité de 85 % ce squelette entre 772 et 891 de notre ère. 

L'individu présente à l'arrière gauche de son crâne un orifice ovale de 3 cm de diamètre avec des signes de cicatrisation suggérant une trépanation : une ancienne intervention chirurgicale consistant à percer un trou dans le crâne d'un être humain vivant. 

Cette opération, selon les archéologues, pourrait éclairer les causes de la croissance excessive qui lui valut une stature si impressionnante, à une époque où la taille moyenne des hommes était de 1,68 mètre.

 

Du rôle de la trépanation

Angleterre - Le crâne trépané du jeune homme mesurant 1,96 mètre mis au jour dans la fosse de Wandlebury - Photo: Université de CambridgeDes crânes trépanés ont été découverts dans le monde entier, y compris dans des vestiges de la Grèce et de la Rome antiques. On pensait alors que la trépanation soulageait les symptômes de maladies comme les migraines et les crises d'épilepsie, ainsi que des troubles que l'on sait aujourd'hui d'origine psychologique.

"Il est possible que la personne ait eu une tumeur qui a affecté son hypophyse et provoqué un excès d'hormones de croissance", explique le Dr Trish Biers, conservatrice des collections Duckworth à l'Université de Cambridge, où le squelette a été transporté pour un examen plus approfondi.

Le gigantisme hypophysaire est une affection caractérisée par une surproduction d'hormone de croissance à l'adolescence, généralement due à une tumeur bénigne appelée adénome. Cet excès d'hormone de croissance entraîne une croissance excessive chez l'enfant et peut mettre à rude épreuve les systèmes circulatoire et squelettique qui doivent supporter le poids d'un corps volumineux et lourd.

"Une telle lésion cérébrale aurait entraîné une augmentation de la pression intracrânienne, provoquant des maux de tête que la trépanation visait peut-être à soulager. Ce n’est pas chose rare en cas de traumatisme crânien de nos jours", a-t-elle précisé.

 

Un massacre d'une grande violence

L'enchevêtrement de restes humains complets et démembrés est très inhabituel, même pour une fosse commune, selon les archéologues.

Un homme a clairement été décapité – comme en témoignent les marques de coups sur sa mâchoire – et d'autres présentent des traces de traumatismes compatibles avec un combat. Toutefois, en l'absence de blessures typiques des affrontements de l'époque, ces éléments ne suffisent pas à affirmer que les personnes enterrées à Wandlebury ont été tuées sur un champ de bataille.

Bien au contraire, la présence de têtes sectionnées, de membres et d'autres restes – des côtes aux bassins – jetés dans une fosse, parfois même empilés les uns sur les autres, entassés sur quatre hommes morts, dont au moins un apparemment ligoté, suggère une terrible violence et peut-être une exécution, selon le Dr Oscar Aldred du CAU.

"Les personnes enterrées pourraient avoir subi des châtiments corporels, ce qui pourrait être lié au fait que Wandlebury était un lieu de rencontre sacré ou bien connu. Il se peut que certaines membres désarticulés aient été auparavant exposée comme trophées, puis rassemblées et enterrées avec des individus exécutés ou autrement abattues", avance-t-il. "Nous ne constatons pas beaucoup de traces d'un démembrement délibéré de certaines de ces parties de corps ; elles étaient donc peut-être en état de décomposition avancée et se sont littéralement désagrégées lorsqu'elles ont été jetées dans la fosse."

"Plusieurs des personnes que nous avons découvertes avaient à peu près le même âge que moi. Ce fut une expérience bouleversante de découvrir des ossements toujours plus désarticulés et de prendre conscience de l'ampleur des souffrances endurées", a confié Grace Grandfield, étudiante de premier cycle à Cambridge, originaire de York, qui a participé aux fouilles.

 

Saxons ou Vikings?

À la fin du VIIIème siècle, Cambridge était sous le contrôle d'Offa, souverain du royaume de Mercie, mais à la fin du IXème siècle (vers 874-875 après J.-C.), la moitié de la Grande Armée viking installa son camp près de Cambridge et pilla la ville.

Le Cambridgeshire fut ensuite intégré au royaume viking d'East Anglia et resta sous contrôle viking jusqu'au début du Xème siècle dans le cadre de l'accord du Danelaw.

Les premières datations au radiocarbone situent certains ossements à cette époque, mais en l'absence de matériel funéraire associé, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer s'il s'agit d'ossements Saxons ou Vikings.

"Le Cambridgeshire était une zone frontalière entre la Mercie et l'Est-Anglie, et les guerres incessantes entre Saxons et Vikings, qui se disputèrent le territoire pendant de nombreuses décennies, ont marqué cette période", souligne Oscar Aldred. "Nous pensons que la fosse pourrait être liée à ces conflits."

 

De nombreux travaux de recherches à venir

Historic England, la Commission des bâtiments et monuments historiques du gouvernement britannique, qui soutient les fouilles et assure le suivi et la gestion des activités archéologiques sur les monuments classés et  protégés tels que Wandlebury, a diligenté une nouvelle étude géophysique de la zone. Les archéologues espèrent qu'elle révélera davantage d'informations sur le site entourant la fosse funéraire.

"Wandlebury est un site naturel et historique important pour les habitants du Cambridgeshire. La découverte extraordinaire qui a été faite témoigne de l'histoire de notre nation et de la vie des gens ordinaires durant une période troublée", a déclaré Tony Calladine, directeur régional d'Historic England pour l'Est de l'Angleterre.

Les futurs travaux menés par l'équipe de Cambridge comprendront des analyses osseuses, notamment de l'ADN ancien et des études isotopiques, afin d'étudier la santé, les liens de parenté et les liens ancestraux, ce qui permettra de déterminer si les individus sont d'origine nordique.

Les archéologues vont également tenter de reconstituer les squelettes à partir des restes démembrés afin de déterminer avec exactitude le nombre d'ndividus qui ont été jetés dans cette fosse.

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