Une coopération cruciale
Tout a commencé lorsque deux prospecteurs, Rune Sætre et Vegard Sørlie, ont trouvé 19 pièces d'argent le vendredi 10 avril 2026. Soupçonnant d'avoir trouvé un trésor, ils ont interrompu leurs recherches et ont averti les archéologues du comté d'Innlandet.
"Ce qui rend cette découverte encore plus satisfaisante, c'est la manière dont elle a été gérée. Sætre et Sørlie ont immédiatement pris contact avec nous et ont suivi la procédure à la lettre, en respectant scrupuleusement les directives de la Direction du Patrimoine culturel. Ils ont fait preuve d'une grande coopération et ont activement contribué à la sécurisation et à la documentation optimales de la découverte", souligne May-Tove Smiseth, archéologue et conseillère principale du comté.
Elle ajoute que tous deux ont suivi des cours dispensés par les autorités du comté à destination des amateurs de détection de métaux, et qu'une telle coopération est absolument cruciale en vue de la préservation du patrimoine culturel: "Voilà un exemple parfait de la façon dont cela devrait toujours se passer".
Des pièces de monnaie d'Angleterre et d'Allemagne
Les pièces sont recensées et collectées au fur et à mesure par les archéologues du comté d'Innlandet, avant d'être acheminées au Cabinet des monnaies du Musée d'Histoire culturelle où elles seront répertoriées, étudiées et vont faire l'objet de recherches pendant de nombreuses années.
Néanmoins, les numismates du Musée d'Histoire culturelle d'Oslo ont commencé à en examiner certaines. La plupart sont anglo-saxonnes et allemandes, ainsi que quelques unes danoises et norvégiennes, ont-ils indiqué. Parmi elles figurent des pièces frappées sous le règne de Knut le Grand, d'Æthelred II, d'Otton III et d'Harald Hardrada.
"Le trésor monétaire comprend des pièces des années 980 aux années 1040. Les pièces étrangères dominent la circulation monétaire en Norvège jusqu'à ce que Harald Hardrada (1046-1066) établisse une monnaie nationale", explique le professeur Svein Gullbekk.
Sous le règne d'Harald, les pièces de monnaie à son effigie ont progressivement remplacé la plupart des monnaies étrangères en circulation. Autrement dit, "le trésor a été déposé pile avant le début de ce changement", précise-t-il.
Sous haute protection
Les investigations se poursuivent et les archéologues s'efforcent d'évaluer l'étendue et le contexte de la découverte. Mais afin de préserver cette dernière, automatiquement protégée par la loi norvégienne sur le patrimoine culturel, le site est surveillé et l'accès à la zone est restreint.
"L’équipe a travaillé dur pour tout récupérer et sécuriser avant de rendre la découverte publique. Il n'est pas très rassurant de savoir qu'un tel trésor est sans surveillance. Nous avons délibérément retardé l'annonce jusqu'à ce que nous sentions que nous avions davantage de contrôle", confirme May-Tove Smiseth.
"C’est absolument fantastique que le plus important trésor de pièces de monnaie de l’époque viking de l’histoire norvégienne ait été découvert ici, dans le comté d’Innlandet", a confié Tom Svellet, président du comité principal pour la culture de l’autorité du comté d’Innlandet, en rendant hommage à ceux qui ont découvert le trésor.
La directrice générale de la Direction du Patrimoine culturel, Hanna Geiran, est elle aussi ravie de cette nouvelle: "J’avais du mal à en croire mes oreilles quand j’ai appris la découverte. C’est un événement à la fois national et international, et peu de choses captivent autant l’imagination des gens que l’époque viking en Norvège".
En tête du classement
Les trésors monétaires vikings d'une telle envergure sont extrêmement rares en Norvège. La dernière fois que l'un d'entre eux a été mis au jour remonte à 1950.
Avec ses 2970 pièces mises au jour au 29 avril 2026 [4344 pièces au 6 mai 2026], ainsi que des fragments de bijoux en argent, la découverte de Mørstad est non seulement comparable aux grandes découvertes de trésors au Danemark, en Suède et en Angleterre, affirme Svein Gullbekk, mais il occupe aussi désormais la première place du classement des cinq plus importants trésors de l'Âge Viking en Norvège:
- Mørstad, Åmot (2026), plus de 4000 pièces, déposées vers 1047
- Årstad, Egersund (entre 1836 et 1843), 1 849 pièces déposées après 1029 environ,
- Porte du Dronning, Trondheim (1950), environ 964 pièces de monnaie d'environ 1035,
- Foldøy, Jelsa, Rogaland (1907), 776 pièces datant d'environ 1051
- Slethei, Sola, Rogaland (fondé en 1866), 578 pièces datant d'environ 1018
Les archéologues pensent que les pièces étaient autrefois enfouies dans le sol, dans une bourse en cuir ou un autre matériau organique. Une fois ce matériau décomposé, la charrue a soulevé les pièces et les a dispersées dans le champ. Malgré tout, les monnaies du trésor de Mørstad sont incroyablement bien conservées, sans doute grâce à l'absence quasi totale de pierres dans le sol à l'endroit de la découverte.
Des richesses issues de la production de fer
La nouvelle suscite un immense enthousiasme chez les archéologues. "Il s’agit d’une découverte véritablement unique, du genre de celles qu’on ne vit qu’une seule fois dans toute une carrière. Avoir la chance d'y assister est une expérience formidable, tant sur le plan professionnel que personnel ", confie May-Tove Smiseth.
Au-delà de la poursuite des recherches intensives, un relevé topographique de la zone à l'aide d'un radar à pénétration de sol a également été effectué sans résultat probant à la clé. "Nous n'avons trouvé aucune structure archéologique dans le sol", poursuit l'archéologue.
Toutefois, Jostein Bergstøl, l'archéologue du Musée d'Histoire culturelle qui prépare actuellement la poursuite des fouilles archéologiques sur le site de la découverte, est d'ores et déjà en capacité de formuler une hypothèse quant à la raison pour laquelle le trésor viking a été trouvé à cet endroit précis.
Lors de fouilles antérieures, des preuves d'une extraction de fer à une échelle industrielle ont été mises au jour par le Musée d'histoire culturelle dans cette vallée. "Du Xème siècle jusqu’à la fin du XIIIème siècle, cette région a connu une production de fer considérable. Le minerai était extrait des tourbières et le fer transformé était exporté vers l’Europe", explique-t-il.
Selon lui, ce trésor monétaire pourrait donc représenter un capital accumulé grâce à cette activité et il ne doute guère que d'autres richesses du même type restent encore à découvrir dans le sol du comté.