Les fouilles menées à Ribe, au Danemark, montrent que la société et la culture des anciens Scandinaves reposaient à l'Âge Viking sur une production et un commerce sophistiqués.
Cela a été un moment extraordinaire, filmé au cours de l'été 2018 [cf. vidéo ci-dessous], lorsque les mécaniques et le manche d’une lyre, un instrument à cordes semblable à une harpe, ont été précautionneusement extraits du sol de Ribe, sur la côte sud-ouest du Danemark. Datée d'environ 720, cette découverte constitue la première preuve tangible non seulement de l'existence d'une pratique de la musique, mais aussi d’une culture au sein de laquelle la fabrication d’instruments et les musiciens avaient leur place.
Une production de masse et des spécialisations
Lors des fouilles, les vestiges de maisons en bois, des moules pour la confection d'ornements en or, en argent et en laiton, des peignes complexes fabriqués à partir de bois de renne (l'équivalent viking de l'ivoire), et des bijoux en ambre datant du début du VIIIème siècle, ont également été mis au jour.
Cependant, il a été encore plus extraordinaire pour les chercheurs de découvrir que ces artefacts n'étaient pas destinés à l'usage courant des agriculteurs, ni le butin de pillards itinérants. Au lieu de cela, les Vikings qui les ont créés vivaient dans une communauté urbaine d’artisans, de marins, de commerçants et, selon toute vraissemblance, de musiciens. "Ribe confond l’Histoire", a déclaré Richard Hodges, archéologue britannique et président de l’Université américaine de Rome. "Ce que nous avons ici défie l'idée selon laquelle piller et violer était tout ce que les Vikings savaient faire."
Les découvertes effectuées à Ribe suggèrent une production de masse, des niveaux de spécialisation élevés et une division du travail, toutes caractéristiques d’une société urbaine sédentaire plutôt que nomade fondée sur le pillage.
"Nous pouvons constater à Ribe que la société viking était basée sur une production et un commerce sophistiqués", a souligné Richard Hodges. "C'est un paradoxe: ils fabriquaient ces belles choses, ils avaient de beaux vêtements, des artefacts magnifiques, mais en même temps ils ne sont connus dans l'Histoire que pour leur brutalité." Il rappelle ainsi que l'histoire européenne a été écrite du point de vue des chroniqueurs chrétiens pour qui les Vikings n'étaient que des barbares.
"Les cités vikings ont été un catalyseur"
Ces découvertes tendent à démontrer que les Vikings, au cours des décennies qui ont précédé leurs terribles attaques sur l'Angleterre avec le pillage de Lindisfarne en 793, ont créé l'une des premières bases urbaines scandinaves pour le commerce international et l'exploration. Leur culture reposait sur l'artisanat et le commerce et a contribué à créer les fondements de changements radicaux dans la vie économique tout au long du millénaire suivant.
"Une transformation a eu lieu dans le nord de l'Europe entre la fin de la période romaine et le Moyen Âge où cela est devenu une région animée avec de grandes villes, des cathédrales et des transports maritimes", explique Søren Sindbæk, archéologue de l’Université d’Aarhus, avant de poursuivre: "Ce changement, qui aboutira à l'ère européenne de l'exploration et à l'hégémonie du commerce mondial, commence ici, sur la côte de la mer du Nord, où les cités vikings ont été un catalyseur."
Une autre découverte fut celle d'une minuscule pièce de monnaie en argent de la taille d'un ongle, si bien conservée qu'elle aurait pu être frappée hier. Cette pièce est la preuve d'une communauté marchande stable, d'après Morten Søvsø, archéologue en chef. "En regardant Ribe, nous pouvons voir qu'il y avait déjà un système de monopole monétaire au VIIIème siècle", précise-t-il. "Tout est une question de commerce et d'impôt, et de maintien de la paix - afin que les gens puissent escompter la rentabilité de leur commerce."
Les premières victimes de la mondialisation
Ribe est depuis longtemps identifiée comme un port commercial précoce. Les dernières découvertes sur le site soulèvent ainsi la question de la relation entre cette cité côtière marchande et la période de pillages qui suivit l'attaque de Lindisfarne - le "11 septembre de la Grande-Bretagne" comme l'appelle Søren Sindbæk.
"Puisque nous pouvons observer que ce système commercial était déjà en place avant le début des raids vikings dans les îles britanniques, il devient probable que les deux phénomènes avaient quelque chose en commun", a-t-il confié. "Il se pourrait que les pillages ne soient en réalité que le sommet de l'iceberg des échanges commerciaux - il existe des preuves de relations commerciales avec la Scandinavie, mais cette partie plus pacifique a été passée sous silence."
Le site de Ribe est unique car il permet une datation précise des découvertes, grâce aux dépôts restés intacts dans le sol. Des lasers ont balayé le site à mesure que chaque couche de sol était enlevée, créant ainsi un modèle 3D du VIIIème siècle qui permet de situer avec précision les échantillons dans les enregistrements archéologiques. Cette méthode a notamment révélé que les fabricants de perles vikings de Ribe furent les premières victimes de la mondialisation. Les perles produites en masse par des villes telles que Raqqa, dans l'actuelle Syrie, ont commencé à envahir le marché vers 780, sapant ainsi le commerce local.
Des sources orientées
Les archéologues danois ont appliqué une autre technique pour exploiter au maximum le site de Ribe et acquérir davantage de connaissances sur le quotidien des gens de l'époque. Des blocs de terre ne dépassant pas la taille d'un paquet de cigarettes ont été imprégnés de résine pour pouvoir être découpés en fines tranches et analysées ensuite au microscope.
À l'extérieur de l'entrepôt où sont conservées toutes les découvertes, Sara Hee et Jane Sif Hansen se livrent à une tâche moins raffinée consistant à tamiser des sacs de boue. Sara Hee décrit comment tout le matériel mis au jour vient bouleverser les théories antérieures selon lesquelles les Vikings étaient des pilleurs plutôt que des commerçants. Quelques jours plus tôt, c'est avec beaucoup d'émotion qu'elle a extrait de la terre une petite amulette bien conservée, marquée d'une croix chrétienne, ce qui indique que certains avaient embrassé la foi chrétienne bien avant la déclaration du roi Harald à la Dent bleue sur la pierre de Jelling, vers 965, qui le consacre comme celui ayant christianisé les Danois.
"Certaines sources écrites ont présenté les Vikings comme des barbares afin de paraître elles-mêmes meilleures", estime Sara Hee. "Nous ne pouvons donc pas totalement faire confiance aux chroniqueurs de l'époque: décrivent-ils ce qu'ils ont vu ou cherchent-ils à imposer leur propre conception?"
Le site d'une dimension 100 mètres carrés est de nouveau ouvert au public. Bien que les fouilles débutées en 2017 soient à présent terminées, il reste de nombreuses autres découvertes à faire, selon Søren Sindbæk,. Ses collègues et lui étudient maintenant les données et les matériaux qu'ils ont rassemblés.
29.12.2021 - De nouvelles datations pour le début du commerce à longue distance de l'Âge Viking
La mobilité a profondément façonné le monde humain, bien avant l'ère moderne. Mais les archéologues ont souvent du mal à créer une chronologie de la vitesse et de l'impact de cette mobilité. Une équipe interdisciplinaire de chercheurs, a maintenant fait une percée. Grâce à de nouvelles connaissances astronomiques sur l'activité du soleil, ils ont mis en lumière un commerce à longue distance plusieurs décennies avant le début de l'Âge Viking.
Dans le cadre du Northern Emporium Project et en collaboration avec le Musée du Jutland du Sud-Ouest (Sydvestjyske Museer), les chercheurs du Centre pour l'Évolution des Réseaux urbains (UrbNet) de la Fondation nationale danoise pour la Recherche, à l'Université d'Aarhus ont mené une fouille majeure à Ribe, l'une des principales villes commerçantes de Scandinavie à l'époque viking. Financés par la Fondation Carlsberg, les fouilles et le projet de recherche qui a suivi ont permis d'établir l'ordre d'arrivée exact d'objets de divers coins du monde sur le marché de Ribe.
De cette façon, ils ont pu retracer l'émergence du vaste réseau des connexions commerciales de l'Âge Viking avec des régions de l'Atlantique Nord telles que la Norvège, de l'Europe occidentale franque et du Moyen-Orient. Pour obtenir la chronologie de ces événements, l'équipe a mis au point une nouvelle utilisation de la datation au radiocarbone.
Un nouvel usage de la datation au radiocarbone
"L'applicabilité de la datation au radiocarbone a jusqu'à présent été limitée en raison des larges tranches d'âge de cette méthode. Récemment, cependant, il a été découvert que les événements de particules solaires, également connus sous le nom d'événements de Miyake, provoquent des pics aigus de radiocarbone dans l'atmosphère pendant une année seulement. Ils portent le nom de la chercheuse japonaise Fusa Miyake, qui a identifié ces événements pour la première fois en 2012. Lorsque ces pointes sont identifiées dans des enregistrements détaillés tels que les cernes des arbres ou dans une séquence archéologique, cela réduit considérablement les marges d'incertitude", explique l'auteure principale Bente Philippsen.
Les chercheurs, qui savent ainsi que des tempêtes solaires se sont produites en 775 et en 993, ont trouvé à Ribe la strate-plancher correspondant à l'événement Miyake de 775. Par conséquent, ils ont pu utiliser l'ordre des couches géologiques autour de cette année-là pour retracer l'arrivée des marchandises commerciales et affiner les datations par le radiocarbone de 140 échantillons.
"Ce résultat montre que l'expansion des réseaux commerciaux afro-eurasiens, caractérisée par l'arrivée d'un grand nombre de perles du Moyen-Orient, peut être datée à Ribe avec précision à 790 ± 10, ce qui coïncide avec le début de l'Âge Viking. Toutefois, des importations acheminées par bateau depuis la Norvège sont arrivées dès 750", a révélé le professeur Søren Sindbæk.
Ribe apparaît sous un autre jour
Ce résultat révolutionnaire remet en question l'une des explications les plus largement acceptées pour l'expansion viking, à savoir que la navigation scandinave a décollé en réponse à la croissance du commerce avec le Moyen-Orient via la route de l'Est et la Rus' de Kiev. Or les réseaux maritimes et le commerce à longue distance étaient déjà établis des décennies avant que les impulsions du Moyen-Orient ne provoquent une nouvelle expansion de ces réseaux.
"La construction d'une courbe d'étalonnage est un énorme effort international avec des contributions de nombreux laboratoires à travers le monde. La découverte de Fusa Miyake en 2012 a révolutionné notre travail, de sorte que nous travaillons maintenant avec une résolution temporelle annuelle. De nouvelles courbes d'étalonnage sont régulièrement publiées, le plus récemment en 2020, et le centre Aarhus AMS y a contribué de manière significative. Les nouvelles données à haute résolution de la présente étude entreront dans une future mise à jour de la courbe d'étalonnage et contribueront ainsi à améliorer la précision des dates archéologiques dans le monde entier. Cela offrira de meilleures opportunités de comprendre les évolutions rapides telles que les flux commerciaux ou les changements environnementaux dans le passé", a déclaré Jesper Olsen, professeur agrégé au Aarhus AMS Center.
Les tendances globales révélées par cette étude se révèlent essentielles pour l'Archéologie des villes commerçantes comme Ribe.
"Les nouveaux résultats nous permettent de dater l'afflux de nouveaux artefacts et de contacts de grande envergure dans un contexte bien mieux défini. Cela va nous aider à visualiser et à décrire Ribe à l'Âge Viking d'une manière qui aura une grande valeur pour les scientifiques, tout en nous aidant à la présenter sous un jour nouveau auprès du grand public", a ajouté Claus Feveile, conservateur du Musée Jutland du Sud-Ouest.
En résumé
L'un des épisodes les plus spectaculaires de la connectivité mondiale pré-moderne s'est produit au cours de la période comprise entre 750 et 1000 de notre ère, lorsque le commerce avec l'Empire arabo-musulman en plein essor au Moyen-Orient reliait pratiquement tous les coins de l'Afro-Eurasie.
La diffusion des pièces de monnaie ainsi que le commerce des perles et d'autres artefacts exotiques fournissent des preuves archéologiques des liens commerciaux qui s'étendaient de l'Asie du Sud-Est et de l'Afrique à la Sibérie et aux coins les plus septentrionaux de la Scandinavie.
Au nord, ces liaisons longue distance marquent le début des aventures maritimes qui caractérisent l'Âge Viking. Si des chercheurs ont suggéré que c'était l'arrivée de la monnaie arabe et d'autres objets de valeur via l'Europe de l'Est qui avait déclenché les premières expéditions scandinaves, cela n'a fait en réalité que renforcer un commerce déjà existant depuis des décennies.
Une remarquable pièce de bois a été mise au jour de manière fortuite à Wijk bij Duurstede, dans la province d'Utrecht. Elle pourrait provenir d'un navire viking du IXème siècle.
La découverte a eu lieu le mercredi 18 Mars 2026 lors de travaux de terrassement pour la construction d'un nouveau réseau d'égouts et de drainage. L'œil averti de Danny van Basten, archéologue amateur et bénévole à ArcheoTeam Wijk bij Duurstede, a immédiatement perçu la valeur potentielle de la pièce de bois travaillé qui émergeait du sol, ce qui a conduit à la consultation de spécialistes de la Viking Ship Management Foundation et du Musée de Dorestad.
Le charpentier naval et expert Kees Sterrenburg a pu déterminer, en se basant sur la forme, les encoches et la qualité de la facture, qu'il s'agissait probablement d'un élément de charpente d'un navire.
Compte tenu de sa localisation et des fragments de poterie retrouvés à proximité, les archéologues pensent que le navire pourrait dater de l'époque carolingienne, entre le VIIIème et le IXème siècle.
Une pièce de monnaie nordique en argent datant de la fin de l'Âge Viking a été découverte dans le Maine en 1957. Depuis lors, la question se pose de savoir si les Vikings ont atteint cette région de l'extrême nord-est des États-Unis.
Des archéologues ont mis au jour une fosse commune de l'époque viking contenant les restes en partie démembrés de dix individus, au sud-est de Cambridge, en Angleterre. Cette fosse, qui renfermait également le squelette d'un homme de très grande taille ayant subi une trépanation, pourrait être un témoignage des conflits du IXème siècle entre Saxons et Vikings.
C'est dans le cadre d'une fouille de formation effectuée par des archéologues et des étudiants en licence d'Archéologie de l'Université de Cambridge que des victimes d'une bataille ou d'une exécution datant du IXème siècle de notre ère ont été découverts dans une fosse commune au printemps 2025.
Le site se trouve à environ 5 km au sud de Cambridge, dans une région qui représentait à cette époque une 'zone frontière' dans le conflit entre le royaume de Mercie, dirigé par les Saxons, et le royaume d'East Anglia, conquis par les Vikings vers 870.
Lors des investigations qui ont duré jusqu'à l'été de la même année, les restes de 10 individus ont été dénombrés d'après le nombre de crânes. Parmi eux se distinguent au moins une victime de décapitation et un homme, d'une taille extrêmement grande pour l'époque, dont la boîte crânienne a été trépanée.
Une butte sur la côte ouest du comté de Cumbria va bientôt faire l'objet d'investigations archéologiques. Elle pourrait abriter la sépulture d'un redoutable et célèbre chef de guerre qui dirigea la conquête du Danelaw en Angleterre à la fin du IXème siècle, nommé Ivar Ragnarsson, dit "Ivar le Désossé".
Peu de temps après son arrivée en Angleterre à l'automne 865, Ivarr inn Beinlausi (son nom en vieux norrois), fils du légendaire Ragnar Lothbrok, prit la tête de la Grande Armée païenne dont il confiera le commandement à partir de 869 à ses fréres Halfdan et Ubbe.
L'hypothèse selon laquelle il aurait émigré ensuite en Irlande ne repose que sur la confusion avec un autre personnage historique, Ivarr de Dublin, fondateur de la dynastie des Uí Ímair. Ce qu'il devint et la date précise de sa mort restent donc inconnus à ce jour.
Sa tombe non plus n'a jamais été retrouvée. Mais les recherches menées par l'archéologue Steve Dickinson le porte à croire qu'Ivar a été enterré avec son navire dans un lieu appelé "le tertre du roi", dont il est fait mention dans une saga.
Un chercheur norvégien a évalué à près d'un milliard le nombre de pièces de monnaie du califat islamique qui auraient afflué vers le monde viking en 150 ans. L'argent dont elles sont faites incarne, selon lui, une des forces motrices de l'Âge Viking.
Aujourd'hui, Teisen, à Oslo, est un quartier résidentiel classique avec de petits immeubles et des maisons individuelles. Mais pendant des siècles, ce fut une région aux terres agricoles fertiles.
Il est donc probable que ce soit un fermier de Teisen qui ait enterré ici un important trésor d'artefats en argent quelque temps après l'an 919 de notre ère - date figurant sur la plus récente des pièces de monnaie mises au jour, rapporte le Musée de l'Âge Viking.
Ce trésor mis au jour en 1844 comprend, comme tant d'autres, non seulement de nombreuses pièces d'argent avec des inscriptions arabes, appelées dirhams, mais aussi des bijoux finement ouvragés et des lingots entaillés qui pourraient tous avoir été façonnés à partir des monnaies islamiques.
Une tombe de l'époque viking remarquablement bien conservée a été mise au jour à Val, près de Bjugn, dans le comté de Trøndelag. Les archéologues s'attellent désormais à l'étude du matériel osseux et des objets funéraires afin de tenter de résoudre l'énigme que représente la femme enterrée là.
C'est grâce à la découverte, plus tôt dans l'année, d'une broche tortue par un amateur de détection de métaux, Roy Søreng, que les archéologues du Musée des Sciences de l'Université norvégienne des Sciences et de la Technologie (NTNU) et du Conseil du comté de Trøndelag ont pu localiser la sépulture.
Ces derniers avaient déjà mis au jour, quelques mois seulement auparavant, un squelette exceptionnellement bien conservé datant du VIIIème siècle sur le même terrain. La découverte de Søreng les a donc incités à explorer de nouveau le site - avec succès.
"La tombe de l'époque viking renferme ce que nous pensons être la dépouille d'une femme, inhumée avec des vêtements et des bijoux typiques de cette période, datant du IXème siècle. Cela laisse supposer qu'il s'agissait d'une femme libre, probablement mariée, peut-être une femme au foyer travaillant dans une ferme", explique Raymond Sauvage, ingénieur principal au département d'Archéologie et d'Histoire culturelle du musée.
Merci, votre note vient d'être comptabilisée.
Merci, mais vous avez déjà voté pour cette page, réessayez plus tard.