De nouvelles découvertes ont achevé de convaincre les chercheurs: de grandes fêtes religieuses et des sacrifices aux anciens dieux se sont effectivement déroulés au temple de Ose à Ørsta. Le site était même un lieu de culte depuis des centaines d'années.
"C'est exceptionnel", a déclaré le chercheur et archéologue Søren Diinhoff, de l'Université de Bergen. "Jamais auparavant nous n'avions trouvé de traces aussi claires d'un temple pour le culte des dieux nordiques en Norvège."
La fin de la controverse
L’annonce de cette découverte en Septembre 2020 avait déclenché de nombreuses spéculations et éveillé un vif intérêt de la part du grand public comme de la communauté scientifique, tant en Norvège qu’à l’étranger.
Mais dans les cercles professionnels, elle a également été accueillie avec scepticisme, et plusieurs chercheurs estimaient qu’il ne pouvait pas s’agir d’un temple en raison de l’absence d’objets cultuels de l’époque préchrétienne.
À présent, le débat est clos. Les résultats des analyses et les nouveaux éléments mis au jour ont donné raison aux découvreurs. "Mais nous n'en avions jamais douté", a réaffirmé Søren Diinhoff, l'un des plus grands experts des pays nordiques sur les coutumes et l'architecture à l'Âge du Fer, entre 550 et 1030 environ.
Un soc de charrue en sacrifice aux dieux
C’est un sacrifice d’un genre très spécial qui a permis de dater la construction du temple de Ose. Dans le trou laissé par un poteau dans un coin du temple, les archéologues ont mis au jour un soc de charrue en fer, qui servait à retourner la terre dans les champs.
Or les analyses ont montré que cet outil agricole avait probablement été sacrifié aux dieux nordiques au cours du Xème siècle, entre 970 et 990. Cela signifie que le temple a été édifié durant la période de transition entre l'ancienne foi, l’Ásatrú, où Odin était le dieu suprême, et la conversion au christianisme qui gagnait le pays.
D’après Søren Diinhoff, ce sacrifice est intéressant à plusieurs égards: "La charrue est un symbole de fertilité. Cela indique que non seulement Odin et Tor, mais aussi les dieux de la fertilité Freyr, Njord et Freyja étaient au centre du culte."
D’autres découvertes encore font désormais de ce site un lieu unique en son genre.
La religion au centre des communautés
L’activité religieuse aurait occupé une place centrale à Ørsta mais aussi plus largement dans les villages alentour, selon les spécialistes de Bergen.
Cela a duré des centaines, voire des milliers d'années a souligné Søren Diinhoff: "À travers les âges, de grands hommes au pouvoir politique et religieux ont été nos chefs, mais les religions se sont succédées. De tout temps, les gens ont pratiqué le culte de la fertilité en parallèle du culte rendu aux dieux dans la crainte et peut-être la peur."
Dans plusieurs villes du pays, il y a probablement eu de pareils sites religieux situés au centre des communautés près des fjords ou de la mer, sans qu'aucun d'entre eux n'est jamais été découvert. D’après les archéologues, la plupart ont disparu depuis longtemps.
Pierre phallique et fosses de cuissons
La pierre phallique blanche retrouvée également sur les terres de la ferme de Ose témoigne sans doute d’une pratique religieuse remontant déjà au IIème ou IIIème siècle. Pendant longtemps, cette pierre a dû donner lieu à des cérémonies rituelles et des célébrations associées au culte de la fertilité et de la fécondité.
"Tout était mis en œuvre pour que les femmes mettent au monde de nombreux enfants, que les animaux domestiques aient beaucoup de veaux et que la terre fournisse beaucoup de céréales et autres ressources."
De nombreuses fosses de cuisson découvertes en 2020 ont confirmé que le site de Ose était un lieu cultuel important, même après que la pierre phallique ait rempli son rôle. "Dans l’Ásatrú, au cours de l'Âge Viking, il y avait de grandes fêtes religieuses aux solstices d'été et d'hiver. À ces occasions, une partie importante des cérémonies consistait à servir une nourriture spéciale à base de viande cuite dans de nombreuses fosses."
Une autre découverte tout aussi rare
Søren Diinhoff s'est dit extrêmement fier de la découverte de traces laissées par un autre lieu de rituel à Ørsta: une petite maison ceinte d'une clôture circulaire en bois.
Les archéologues du Musée universitaire de Bergen pensent qu’elle abritait une idole. Dans certains endroits, elles étaient probablement construites et utilisées pour les cérémonies religieuses.
"Il pourrait s’agir de ce qu’on appelle un hörgr [un genre d’autel ou lieu de dévotion]. L'enceinte circulaire en fait une trouvaille rare et particulière, et peut être une conception spécifique de tels sites de culte dans l'Ouest de la Norvège", a expliqué l'expert.
Une transition religieuse tout en douceur
La Norvège est officiellement devenue chrétienne en 1024, lors du thing de Moster, une île de la municipalité de Bømlo dans le comté de Vestland. Mais tout au long du Xème siècle, les Vikings connaissaient déjà plus ou moins le christianisme.
Bien que le pays entier se convertissait à la nouvelle foi, le temple d'Ørsta n'a pas été démoli. Les analyses montrent que son démantèlement n'est pas intervenu avant 1030/ 1070.
Aussi le chercheur suppute que le temple a pu servir d'église pendant la période de transition entre les deux religions. Une hypothèse, conclut Søren Diinhoff, qui va dans le sens de ceux qui pensent que le christianisme n'a pas nécessairement été imposé par la force, mais s'est plutôt répandu peu à peu et paisiblement.
- Source: www.nrk.no (traduction et réécriture Kernelyd)