Le cabinet retenu pour mener l’étude de faisabilité d’un parc sur l’identité médiévale et viking près d’Évreux doit bientôt être désigné. Qu’attendent les associations de reconstitution normandes de ce projet ?
Pendant que le maire d’Évreux et président du Grand Évreux agglomération (GEA) planche sur le projet de parc de loisirs sur l’identité médiévale et viking de la Normandie et tente de réunir les millions d’euros nécessaires à sa construction, les associations locales de reconstitution historique fourbissent déjà leurs armes, convaincues qu’elles ont un rôle à jouer dans ce vaste projet.
"Il faut cesser de véhiculer des clichés"
Daniel Bes est emballé par l’idée. Depuis vingt ans, l’Eurois installé à La Neuve-Lyre préside l’association Les Compagnons de Roland, une troupe d’archers du XIe siècle qui se veulent aussi potier, cordier, vitrier, musicien, calligraphe... Il "adhère mais met en garde. Attention à ne pas sombrer dans l’attraction et le n’importe quoi. Finissons-en avec les joutes brutales, les combats bidons, les grandes oreilles elfiques et les casques à cornes. Le Moyen Âge, c’est autre chose", rappelle-t-il.
Un sentiment que partage Aurélien Quinquempois. Ce trentenaire est impliqué dans plusieurs associations, dont Herkonungar, basée à Pavilly (76). Depuis trois ans, « Les Rois guerriers » s’attachent à présenter la vie à l’époque de l’arrivée des Vikings en Normandie. « Il faudra voir le parc est censé être ludique ou sérieux. Le mélange des deux n’est pas gênant. Un pôle attractif peut générer du tourisme. Mais il faut veiller à cesser de véhiculer des clichés sur les Vikings, présentés comme des gros barbares avec des peaux de bêtes. Des images dignes des vieux films hollywoodiens. »
Aurélien, alias Veland lorsqu’il enfile son costume médiéval, aimerait y trouver un "mini-archéosite avec un village où les reconstituteurs pourraient proposer des animations".
Évoquer les modes de vie culturels, vestimentaires, gastronomiques, les manières de combattre, l’art de la guerre et des sièges, la création des villes, des écoles, les échanges culturels après les invasions vikings, reconstituer l’habitat viking et normand... Autant de sujets qui, selon Daniel Bes, mériteraient d’être évoqués mais en sortant des « discours universitaires ou historiques ». Le géophysicien à la retraite prône l’explication par la démonstration. L’histoire vivante en somme ! "De nombreuses associations en France ont déjà cette pratique et ce concept du Moyen Âge. Des acteurs tout trouvés pour un tel site", estime-t-il.
Jimmy Blin en est le parfait exemple. Ce professeur d’espagnol âgé de 25 ans préside depuis trois ans l’association Vegvisir, basée à Rouen. Son but est de "reconstituer le plus fidèlement possible, à partir de sources, ce que pouvait être la vie des Scandinaves au Xe siècle", explique-t-il. Il est également trésorier national de la Fédération française médiévale. À ce titre, il s’est retrouvé impliqué dans la réflexion autour de la création d’un projet de parc médiéval en région parisienne. Parc dédié, contrairement au projet ébroïcien, à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance...