Les enfants n'étaient pas dans une catégorie à part
En dehors de certains cas d'inhumations successives à des moments différents, exposent les auteurs, presque toutes les tombes collectives examinées dans cette étude impliquent des individus probablement décédés au même moment ou à peu près au même moment.
"Les archéologues débattent depuis longtemps des liens entre les personnes enterrées ensemble dans ce type de sépulture. L’ADN ancien nous offre enfin l’outil que nous attendions pour tester directement ces interprétations", explique Anna Kjellström, chercheuse au département d’Archéologie et d’Études classiques de l’Université de Stockholm.
En effet, grâce à l'ADN ancien, les chercheurs ont pu déterminer le sexe biologique d'enfants trop jeunes pour être identifiés par l'analyse ostéologique. Cela a permis de mettre en évidence une tendance notable et fréquente dans les premiers contextes chrétiens: la prédominance des inhumations d'adultes et d'enfants du même sexe, ainsi que l'absence le plus souvent de lien de parenté biologique étroit entre les adultes et les enfants d'une même sépulture.
Par exemple, à Västerhus, où hommes et femmes étaient généralement enterrés de part et d'autre du cimetière, l'inhumation des garçons et des filles suivait le même schéma. Cela suggère que l'identité de genre était reconnue dès le plus jeune âge.
"Les enfants n’étaient pas considérés comme une catégorie à part. Après leur mort, il semble qu’ils aient été traités selon les mêmes principes sociaux et religieux que les hommes et les femmes adultes", explique Anders Götherström, professeur d’Archéologie moléculaire au Centre de Paléogénétique du département d’Archéologie et d’Études classiques de l’Université de Stockholm.
Les rituels funéraires collectifs de cette époque reposaient davantage sur des structures communautaires ou des rôles sociaux (les enfants recevant le même traitement funéraire que les adultes de leur genre) plutôt que sur des cercles strictement familiaux
Du rôle central de la parentèle élargie
Ces pratiques funéraires inhabituelles témoignent probablement des traditions des premiers chrétiens, comme le fait que certains enfants enterrés avec des adultes n'étaient peut-être pas baptisés. Normalement inéligibles au cimetière, ces enfants ont pu être inhumés de manière opportuniste avec un adulte afin de contourner les normes religieuses.
D'autres tombes pourraient correspondre à des personnes sans lien de parenté, enterrées ensemble au printemps après leur décès en hiver, période où le gel du sol rend impossible l'inhumation.
"Nous pensons également, sur la base d'une affinité génétique plus éloignée, que certaines inhumations communes représentent des liens de parenté plus éloignés, voire des liens de parenté non biologiques", a précise Maja Krzewińska.
Dans la Scandinavie de l'Âge Viking, les foyers comprenaient souvent une parentèle élargie, des domestiques, des employés et des personnes réduites en esclavage, écrivent les auteurs de la recherche. Si les liens du sang jouaient un rôle important dans l'organisation de la société, l'appartenance à la communauté chrétienne locale pouvait également être déterminante pour choisir le lieu et les personnes avec lesquelles un défunt serait inhumé.
Du Jämtland à Saint-Jacques-de-Compostelle
Les chercheurs ont également fait une découverte remarquable concernant une famille dans le cimetière de Västerhus.
Une femme, connue sous le nom de Dame 56, décédée avant l'âge de 30 ans, a pu être reliée par son ADN à plusieurs membres de sa famille enterrés dans une autre partie du cimetière, notamment ses parents, son frère et ses deux filles. Et son histoire dépasse cependant largement les frontières du Jämtland.
Alors que les sépultures chrétiennes sont généralement dépourvues d'objets funéraires, une coquille Saint-Jacques a été mise au jour dans sa tombe. Ce symbole, rare à cette époque, laisse supposer qu'elle a accompli l'un des pèlerinages les plus célèbres, parcourant des milliers de kilomètres à travers le continent jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle, une ville du nord-ouest de l'Espagne, aux confins de l'Europe chrétienne, avant de rentrer chez elle.
"Cette sépulture suggère que cette femme appartenait à l'élite et souligne la mobilité de certains individus, en particulier des femmes, dans les traditions chrétiennes", soulignent les auteurs de l'étude.
Cette étude démontre comment l'archéogénétique peut faire progresser la compréhension de la société médiévale, en révélant non seulement les relations biologiques, mais aussi l'environnement social dans lequel les gens vivaient, organisaient leurs communautés, pratiquaient leur culte et étaient finalement inhumés.