Du tissu protégé par la corrosion
Il est rare que les fibres organiques se conservent dans le sol acide de cette région du Danemark. Mais dans le cas de la tombe de Skonager, le processus d'altération des broches tortue a contribué à protéger une partie des tissus de la décomposition pendant plus de 1300 ans.
En effet, les sels métalliques libérés lors de la corrosion ont créé un microenvironnement chimique qui a limité l'activité microbienne, responsable de la décomposition des textiles.
La disposition du tissu autour des broches est particulièrement instructive. L'étoffe située à leur surface appartenait probablement à la partie extérieure du vêtement de la femme, tandis que celle à l'arrière pourrait correspondre à l'habit porté à même la peau. Ensemble, ces fragments offrent ainsi une occasion unique d'étudier la confection et le port d'une tenue féminine du début de l'Âge Viking.
Les travaux de Lise Ræder Knudsen vont consister à déterminer le tissage, les motifs, le filage et la qualité des textiles préservés. Les chercheurs espèrent de la sorte en apprendre davantage sur les fibres-mêmes et la structure du vêtement.
Les couleurs de l'époque viking
Les deux broches pourraient apporter un nouvel éclairage sur la vie de cette femme du VIIIème siècle. L'une d'elles porte des traces d'une réparation antérieure, suggérant qu'elle pourrait avoir été conservée et transmise sur plusieurs générations au sein d'une famille.
La comparaison des résultats des analyses au radiocarbone des échantillons de textile et des artefacts métalliques devrait permettre de déterminer si les broches et les habits ont été confectionnés à la même époque.
En outre, l'étude des couleurs des fibres textiles conservées pourrait apporter de précieuses informations sur l'apparence des vêtements et le choix des matières.
C'est aux chercheuses Ulla Mannering et Charlotte Rimstad, qui oeuvrent au sein du projet "Textile Colours in the Viking Age" (TeCoVa) lancé en août 2024 et jusqu'en juin 2028 par le Musée national du Danemark, que l'identification des teintures et la reconstitution de la gamme de couleurs d'origine des vêtements ont été confiées.
Retracer une partie de sa jeunesse grâce aux dents
L'examen des dents de la femme, qui sera réalisé par l'unité d'Anthropologie de l'Université du Danemark du Sud, vise à établir son âge, son état de santé, son régime alimentaire, ainsi qu'à déceler des signes d'une éventuelle migration ou de stress physique durant son enfance ou son adolescence. Les signatures isotopiques et les marques sur l'émail pourraient notamment permettre de retracer une partie de sa jeunesse.
Mais avant de procéder aux différentes investigations, le Centre de conservation de Vejle a la délicate tâche de retirer soigneusement la terre autour du matériel osseux, des broches et des fibres textiles tout en préservant leurs liens avec le contexte de la sépulture.
La tombe ARV 661 présente une combinaison, rare au Danemark, de restes humains, d'éléments métalliques vestimentaires et de textiles dans un état de conservation si remarquable qu'elle devrait permettre aux chercheurs de mieux comprendre les vêtements, l'alimentation, la santé et la vie des femmes du VIIIème siècle dans l'ouest du Danemark.
Sources: www.facebook.com/arkaeologivestjylland, www.archaeologymag.com//viking-womans-tomb-with-dress-fragments-in-denmark (traduction et réécriture / Kernelyd)