D'une valeur exceptionnelle
Datée du Xème ou XIème siècle, la croix témoigne du riche patrimoine nordique de l'île de Man.
Elle fut découverte en 1847 lors de la démolition d'une chapelle plus ancienne, construite en 1704. Tout porte à croire qu'elle avait déjà été réutilisée, probablement comme linteau au-dessus d'une porte ou d'une fenêtre ; cette transformation entraîna la disparition de la croisée et d'importantes altérations de la pierre. Aujourd'hui, environ la moitié de son épaisseur d'origine a disparu, laissant ses éléments décoratifs et ses inscriptions incomplets.
Malgré ces dommages, la croix d'Osruth demeure un objet d'une valeur archéologique et historique exceptionnelle.
La face conservée de la pierre correspond au fût [i.e la colonne située entre le piédestal et la croix sommitale] de ce qui était autrefois une large croix-pilier. Sa surface est décorée d'une frise perlée en relief et du motif distinctif dit en "anneaux et chaînes" ou encore "vertébral" - un motif que l'on retrouve sur plus d'une douzaine de croix de l'île de Man.
Le maître des runes s'appelait Ásrøðr
Les bords de la pierre révèlent d'autres strates intéressantes. Sur le côté droit, des lignes courbes forment un motif torsadé à deux brins, aujourd'hui incomplet, tandis que le bord gauche conserve une partie d'une inscription runique en vieux norrois. La lecture la plus récente des spécialistes l'interprète comme suit : " …Ásrøðr a gravé ces runes…" ( …En Ásrøðr reist rúnar þessar… ).
Lors de récents travaux de conservation, de légères marques au-dessus du mot "rúnar" ont été identifiées comme étant les vestiges d'une précédente ligne d'inscription. Il s'agissait probablement de l'ancienne formule commémorative typique des pierres runiques telle que "A a érigé cette croix à la mémoire de B", suivie ici de la référence encore visible au maître des runes Ásrøðr.
"Nous ignorons pour qui elle a été réalisée, mais il est très probable qu'il s'agisse d'un mémorial, peut-être en hommage à une personne importante de l'époque viking ", suppute Christopher Weeks.
La croix, depuis longtemps exposée au public, se trouvait jusqu'à très récemment dans le porche de la chapelle royale. Cependant, en 2019, elle s'est inopinément détachée au risque de subir des dommages irréversibles. Afin de préserver le monument de tout péril, la croix a été soigneusement démontée et restaurée par le Manx National Heritage, qui a notamment retiré le béton moderne de son socle.
Des interprétations mises à jour
Après plusieurs années de planification et de travaux de conservation, la croix d'Osruth a été restituée à la chapelle royale de St John's par Christopher Weeks, assisté de l'archéologue de terrain Andrew Johnson et des techniciens du patrimoine national de l'île de Man.
La croix a été installée avec succès à son nouvel emplacement sécurisé sur le mur du chœur. En effet, ses 115 kilogrammes reposent désormais sur un support sur mesure spécialement conçu par Phil Wall, métallier basé à Ramsey, garantissant ainsi sa conservation et sa stabilité à long terme.
L'exposition, complétée par des textes relatifs aux interprétations des experts et récemment mis à jour par Andrew Johnson, offre aux visiteurs un nouvel éclairage sur l'histoire et la signification du monument.
N.B: La croix a été scannée au laser en 2018 dans le cadre d'un projet d'envergure insulaire mené par le MNH visant à créer des images numériques 3D des 210 croix de l'île de Man. Le scan 3D de la croix d'Osruth est visible sur www.imuseum.im et ci-dessous.