Sous une terrasse
La découverte a eu lieu dans le cadre de la construction d'une nouvelle terrasse dans un jardin privé à Rebild.
"Cela aurait dû se résumer à quelques heures de dur labeur au jardin, à enlever de l'herbe tenace, des pierres et du gravier pour une nouvelle terrasse carrelée, mais cela s'est avéré être la plus grande surprise de ma vie", relate le découvreur qui souhaite rester anonyme.
"Après une demi-heure à creuser, ma main a heurté quelque chose qui a produit un son étrange. Au début, j'ai cru que c'était du vieux fer ou du fil de clôture, ainsi que des tessons de poterie, mais en creusant à mains nues, j'ai soudain pu remonter à la surface des objets métalliques les uns après les autres. Après un court moment d'exploration minutieuse, j'ai compris qu'il s'agissait de bijoux, de pièces de monnaie et de lingots d'argent", poursuit-il.
Environ 320 objets d'un poids total de 6,4 kilogrammes reposaient encore dans le récipient en argile d'origine, tandis que le reste était éparpillé dans le sol autour.
Fait remarquable, l’un des lingots d'argent présente un indice énigmatique sous forme de runes gravées à sa surface. L’inscription, qui se lit "hutu", pourrait être interprétée comme un nom ou une marque de propriété.
Des artefacts classables par catégories de poids
D'après Torben Sarauw, ce nouveau trésor est particulièrement intéressant car il est principalement composé de lingots, de bijoux et d'agrafes en argent, les pièces de monnaie ne représentant qu'une infime partie du poids total. Il offre ainsi un rare aperçu de la manière dont la richesse pouvait être stockée, organisée et dissimulée au Danemark à l'époque viking.
"L’analyse du poids des objets en argent révèle des informations sur les pratiques économiques de l’époque viking. Le trésor ne se compose pas uniquement d’objets de belle facture ; la plupart d’entre eux s’inscrivent dans un système de valeurs structuré, basé sur le poids", explique-t-il.
Les lingots, les bijoux et l'argent découpé servaient de moyen de paiement et de réserve de valeur, le poids de l'argent étant déterminant. C'est pourquoi il était souvent découpé en morceaux plus petits, divisé ou fondu.
C'est ce que confirment le nombre exceptionnellement élevé des lingots dans le trésor de Rebild, de même que les bracelets et les fragments d'argent qui peuvent être classés par catégories de poids. Cela suggère que les artefacts n'ont pas été simplement rassemblés au hasard, mais organisés comme une importante réserve de valeur.
Des pièces de monnaie venues de loin
Le trésor comprend des pièces de monnaie arabes et anglo-saxonnes, ce qui, selon Torben Sarauw, témoigne des liens étroits qui unissaient le Danemark à de vastes régions d'Europe et à des zones situées très à l'est, durant l'époque viking.
"C’est ce qui est fascinant dans cette découverte. L’argent était caché à Rebild, mais il témoigne d’un monde bien plus vaste. Les pièces révèlent des liens avec le monde islamique à l’est et l’Angleterre à l’ouest, ainsi qu’une époque viking où personnes, biens et valeurs circulaient sur d’énormes distances", souligne-t-il.
Deux pennies d'argent anglo-saxons ont notamment joué un rôle crucial pour la datation du trésor. Ces pièces, frappées sous le règne d'Édouard l'Ancien (899-924), constituent un point de repère important puisque le trésor n'a pu être caché qu'après la mise en circulation de ces pièces.
Les pièces d'argent arabes, appelées dirhams, portent diverses inscriptions, souvent liées à des lieux et des années de frappe précis. Il n'est pas rare d'en trouver dans les trésors monétaires du Xème siècle, souvent découpées en petits morceaux, comme c'est le cas ici. Les dirhams pouvaient servir de moyen de paiement, et leur valeur était largement liée au poids et à la pureté de l'argent.
Un site au cœur des vastes réseaux économiques
Cette récente découverte n'est pas un cas isolé. Dans la même région, un autre important trésor d'argent, datant également du Xème siècle, a été mis au jour en 1971. Il se compose de lingots, de bijoux entaillés et de petits fragments, tous en argent pour un poids total d'environ 4 kilogrammes, qui étaient enveloppés dans une peau.
Ensemble, ces deux découvertes montrent que la région de Rebild recèle des preuves uniques et solides de l'économie de l'argent à l'époque viking et d'importantes relations commerciales.
Le trésor de Rold, découvert il y a seulement deux mois, est également pertinent à cet égard. Il se compose de six bracelets en or intacts datant de l'époque viking, d'un poids total de 762,5 grammes. Tandis que les trésors en argent de Rebild témoignent principalement de l'utilisation de l'argent comme métal de paiement, le trésor de Rold, avec son or massif, évoque l'élite, le statut social et le pouvoir.
"Nous nous trouvons face à une région qui, régulièrement, livre des découvertes spectaculaires datant de l'époque viking. Ce nouveau trésor d'argent montre que la région de Rebild n'était pas une zone périphérique, mais bien un élément des vastes réseaux économiques et culturels qui reliaient la Scandinavie aux régions bordant la mer Baltique et au monde islamique à l'est, ainsi qu'à la région de la mer du Nord, à l'Angleterre et à l'Europe occidentale à l'ouest", relève Torben Sarauw.
Le site du nouveau trésor se trouve dans une zone urbanisée, ce qui rend impossible toute fouille archéologique d'envergure. Toutes ces richersses pourraient avoir été déposées près d'un ancien village viking, sur une ancienne voie de communication, ou dans un lieu plus isolé et secret, mais faute de recherches approfondies, le contexte précis restera inconnu.
L'espoir d'une exposition à Fyrkat
Le Musée national procède actuellement à une évaluation du trésor tandis que le Nordjyske Museer travaille à sa présentation au public via la mise en place d'une exposition permanente au Musée viking de Fyrkat, aux côtés des six bracelets en or du trésor de Rold.
En effet, le nouveau trésor de Rebild s'intégrerait naturellement à l'histoire de la collection d'Harald à la Dent Bleue, témoignant du royaume danois au Xème siècle, de l'époque viking et du rôle central joué par le Jutland du Nord au cours de cette période.
Mais lorsqu'une découverte est déclarée trésor national danois, elle appartient à l'État, et c'est donc le Musée national qui va déterminer les exigences de sécurité liées à une éventuelle exposition.
"Lorsqu'il s'agit d'objets uniques et de grande valeur comme ceux-ci, les exigences en matière de sécurité, de surveillance, d'alarmes, de vitrines et de manipulation des objets sont généralement très élevées. Avant de savoir si nous pouvons exposer les découvertes à Fyrkat, il faut donc clarifier les conditions nécessaires et si elles peuvent être satisfaites", conclut Torben Sarauw.