Perles, bijoux, peignes, les fouilles archéologiques d'une ampleur inégalée menées à Ribe ont permis de mettre au jour de nombreux objets, y compris des inscriptions runiques. Ces découvertes viennent bouleverser le visage de la plus ancienne ville du Danemark et racontent une partie de l'Histoire du pays.
Ribe n'en était pas à ses balbutiements au IXème siècle, au moment où les Vikings commençaient leurs pillages, comme on le pensait jusqu'à présent. Dorénavant, les archéologues sont en mesure de démontrer, grâce à leurs découvertes, que Ribe était déjà une ville importante pour les Vikings à l'époque.
Ribe était une ville où les Vikings, en plus de faire du commerce à grande échelle, se sont installés et ont vécu pendant plusieurs générations. "À présent, nous savons que Ribe a duré au moins une à deux générations de plus que ce que nous pensions. Nous avons trouvé des moules pour les bijoux qui sont beaucoup plus récents, et de beaux peignes, des bijoux et d'autres grandes créations artisanales qui ont été réalisées pour le moins tout au long du IXème siècle. C'est donc une nouvelle histoire qui se dessine", explique Søren Sindbæk, le professeur de l'Université d'Aarhus, qui dirige les fouilles.
Le professeur se félicite en particulier de la découverte de batiments pouvant faire jusqu’à 70m², car ces ateliers montre comment le fabricant de perles et de bronze vivait. Les archéologues ont également identifié l'atelier d'un cordonnier, et plusieurs inscriptions runiques d'un genre qui n’a été trouvé que deux ou trois fois auparavant au Danemark.
Un potentiel de connaissances pour des décennies
Les fouilles, qui vont prendre fin ce mois-ci, ont duré plus d’un an et constituent le plus grand chantier archéologique au monde concernant une société viking. Il est rare que les archéologues puissent avoir autant de temps à leur disposition et travailler aussi minutieusement, comme cela a été le cas à Ribe.
Deux rues entières ont été mises au jour dans le plus ancien quartier de Ribe, et Søren Sindbæk pense que de nouvelles découvertes pourront être faites pendant de nombreuses décennies encore, grâce au travail qui a été accompli lors de ces fouilles.
"Il y aura peut-être quelqu'un qui, dans 20 ou 30 ans, voudra savoir où telle chose se trouvait par rapport à telle autre et c'est maintenant que nous devons garantir l'accès à cette information. Après, quand on sera passé à l'étape suivante, ce sera fini", déclare-t-il.
Par ailleurs, il ne fait aucun doute que ces découvertes et l’histoire du Danemark qu'elles racontent sont importantes pour Ribe, selon Flemming Just, le directeur du Sydvestjyske Museer, le musée de Ribe. "Nous avons eu accès à beaucoup de nouvelles connaissances, et cela aide même à mieux cerner la position de Ribe - non seulement dans l’Histoire danoise et nordique des Vikings, mais aussi quant à la place que la ville occupait dans la structure du commerce européen."
Une exposition à venir
Une fois les fouilles terminées, les découvertes vont être étudiées et analysées au cours des deux ans à venir.
Elles seront ensuite exposées au musée de Ribe, où Flemming Just envisage une toute nouvelle scénographie pour en présenter le caractère inédit. "Le thème 'Viking' est plutôt important en ce moment. Il est populaire dans le monde entier. Nous ne négligerons pas l'opportunité de communiquer sur le fait qu'il est possible d'apprendre quelque chose sur les Vikings ici, à Ribe", dit-il.
Les fouilles de Ribe s'inscrivent dans le cadre du projet Northern Emporium et ont été financées par la Fondation Carlsberg à hauteur d'environ 16 millions de NOK [ soit près de 1653732€].
Un site à inscrire sur la liste de l'Unesco?
Ce vaste chantier archéologique a révélé, au cours de l’année écoulée, plusieurs découvertes spectaculaires. Parmi elles, profondément enfouie dans le sol, une figurine d'oiseau en ambre parfaitement conservée et une petite boîte portant le nom féminin "Katu" écrit en runes.
Le professeur Søren Sindbæk estime que l'ensemble des découvertes a rendu la ville si unique qu’elle a le potentiel pour figurer sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. "C’est une ville médiévale bien conservée qui fut un pont particulier entre différentes cultures. Cette ville en réseau pourrait clairement figurer sur la liste de l'UNESCO", estime le professeur.
Le maire de la municipalité d'Esbjerg, Jesper Frost Rasmussen, estime que les conclusions sont vraiment intéressantes et que cette idée d'inscrire Ribe à la liste du patrimoine mondial de l'Unesco est également très pertinente. Une telle candidature ne manquerait pas, selon lui, d'ouvrir de nouvelles perspectives: "Cela signifierait beaucoup pour Ribe et pour la région. Et cela aiderait à attirer plus de touristes." À titre d'exemple, le centre-ville de Christiansfeld, réputé pour son architecture, est passé de 8000 à 40 000 visiteurs en un an suite à son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2015.
En 2016, Ribe avait déjà le projet de proposer sa candidature à l'UNESCO, mais il était alors évident que la ville elle-même n'était pas en mesure de répondre aux exigences élevées de l'organisme. À présent, selon le maire, il faut déterminer si les nouvelles découvertes justifient bien une nouvelle demande d’adhésion à la liste du patrimoine mondial. "Ce n'est pas quelque chose qui se fait en un claquement de doigts. Il faut beaucoup d'argent et beaucoup de temps pour faire une telle demande. Nous devons donc étudier attentivement le dossier pour voir si cela en vaut la peine", explique-t-il.
- Source: www.dr.dk (traduction et réécriture kernelyd)