Le plus au nord des camps de la Grande Armée
L'archéologue de l'Université d'Oxford, le Dr Jane Kershaw, a annoncé que ce nouveau camp viking est la preuve tangible qu'une armée dirigée par Halfdan a ravagé, vers 875 de notre ère, les territoires des Pictes qui s'étendaient de l'actuel Northumberland, au nord de l'Angleterre, jusqu'au Nord de l'Écosse, mais aussi le Royaume de Strathclyde des Brittoniques et le comté de Cumbria.
Lors de son intervention dans le podcast Gone Medieval de History Hit, la spécialiste a rappelé qu'il existe une "brève référence historique selon laquelle Halfdan s'est rendu sur la Tyne [un fleuve du nord de l'Angleterre, long de 100 km, qui se jette dans la mer du Nord] et a mené des attaques contre les Pictes et les Britanniques de Strathclyde, mais c'est tout ce que nous savions''.
Le camp de la vallée du Coquet, dont l'emplacement précis n'a pas été communiqué afin d'éviter qu'il ne soit pillé, est le plus au nord des camps de la Grande Armée qui ont été découverts jusqu'à présent.
Un site stratégique
Halfdan Ragnarsson était le chef viking qui commandait la Grande Armée, également connue sous le nom de Grande Armée païenne, lorsqu'elle envahit les quatre royaumes anglo-saxons qui composaient l'Angleterre. Il fut le premier roi de Northumbrie avant d'être tué en 877 à la bataille de Strangford Lough, en Irlande. Les sagas rapportent qu'il était l'un des six fils du légendaire Ragnar Lodbrok, qui s'est lui-même distingué par de multiples raids sur la Grande-Bretagne au IXème siècle consignés par les chroniqueurs de l'époque.
Des camps de la Grande Armée ont déjà été trouvés à Repton dans le Derbyshire, à Torksey dans le Lincolnshire et à Aldwark dans le Yorkshire du Nord.
D'après le Dr Kershaw, Halfdan aurait choisi le site de la vallée du Coquet parce qu'il se trouve au sommet d'une colline escarpée, offrant une belle vue sur la côte et les collines environnantes. L'emplacement au bord de la rivière aurait également permis aux Vikings de se retirer rapidement en cas de besoin.
C'est un emplacement de choix car le site est "naturellement défensif'', a expliqué l'archéologue. "C'est une zone en hauteur avec des pentes assez raides sur au moins trois côtés. [Il y a] un accès facile à la rivière, ce qui est idéal pour surveiller et garder l'œil sur de potentiels ennemis. Et cela vous donne également une issue si vous devez vous rendre sur la côte pour fuir un danger.''
Des pièces de monnaie des années 860
Le Dr Kershaw a raconté à l'animatrice du podcast, sa collègue archéologue Cat Jarman, que les pièces de jeu découvertes sur le site de l'ancien camp montrent à quel point les Vikings appréciaient les jeux de société pour se divertir.
Quant aux pièces de monnaie qui ont été mises au jour, il s'agit de stycas, frappés dans un alliage à base de cuivre et utilisés dès la première moitié des années 830. Ces pièces sont restées en circulation jusqu'à la conquête de la Northumbrie par la Grande Armée en 867, ce qui ajoute encore plus de poids à l'interprétation du site en tant que camp viking.
"Personne n'avait jamais vraiment cherché quoi que ce soit d'aussi loin au nord. Au nord de la Tees, il existe très peu de toponymes scandinaves, presque pas d'artefacts, très peu de sépultures, donc nous ne pensions pas que cela ait pu être une région sous domination viking", a déclaré le Dr Kershaw.
Le Dr Cat Jarman, qui fait partie de l'équipe en train de fouiller le site, a ajouté: "Nous pourrions aussi trouver des sépultures."
Une longue histoire
L'une des choses vraiment intéressantes à propos de ce camp est qu'il n'a pas été seulement occupé durant l'Âge Viking. "Il y a des traces d'activités de l'élite anglo-saxonne. En remontant encore plus loin, il y a également eu une activité romaine", a-t-elle précisé.
Auteure d'un livre paru récemment sur les Vikings, intitulé River Kings, le Dr Jarman a fait valoir que le site de la vallée du Coquet a pu être identifié comme un ancien camp viking grâce à des années de découvertes signalées au Portable Antiquities Scheme [un programme du gouvernement de Grande-Bretagne qui, face au nombre croissant de petites découvertes archéologiques faites par des particuliers, incite ces derniers à leur enregistrement volontaire].
Les chercheurs ont depuis lors eu recours à la télédétection par laser (ou lidar) pour leur donner une idée de ce à quoi le site ressemblait lorsque le niveau de la rivière était plus élevé.