La colonisation du Groenland, qui a eu lieu durant la période qualifiée d’optimum climatique médiéval, a longtemps été attribuée à la douceur du climat. Pourtant, dans le nord du Groenland, un climat rigoureux régnait qui a provoqué une avancée importante des glaciers autour de l’an 1000 et probablement participé à limiter la colonisation des Vikings au sud du Groenland. C’est ce que vient de démontrer une équipe de chercheurs du CNRS, des universités Grenoble-Alpes, Aix-Marseille et Bordeaux et du CEA, en collaboration avec des chercheurs du Royaume-Uni. La baisse des températures au nord du Groenland est vraisemblablement liée aux taches solaires et aux éruptions volcaniques dont l’intensité au cours de l’optimum climatique médiéval a été récemment révisée à la hausse.
En l’an 982 apr. J.-C., le célèbre Viking Érik le Rouge débarquait dans le sud du Groenland, pays qui sera appelé Terre verte (Green Land). À cette époque, qualifiée d’optimum climatique médiéval, un climat chaud, favorable aux récoltes et aux vendanges précoces, régnait en Europe et les glaciers alpins connaissaient un net recul, similaire au recul actuel.
Une équipe de chercheurs a étudié l’évolution de plusieurs glaciers situés à l’ouest du Groenland autour de l’île de Disko, à environ 1000 km au nord des sites vikings, en datant leurs phases d’extension. Pour réaliser cette datation, ils ont analysé les concentrations en chlore 36 des moraines, ces débris rocheux charriés puis laissés sur place par les glaciers. En effet, lorsqu’un glacier commence à reculer, ses moraines frontales ne sont plus protégées par la glace. Les roches commencent alors à accumuler du chlore 36, issu des réactions nucléaires provoquées par l'impact sur ces roches des particules du rayonnement cosmique, déclenchant un "chronomètre géologique".