Là-bas, il visite l’archéosite de la baie de Roskilde, où de nombreux esnèques ont été coulés au large des côtes afin de créer des barrières contre la mer. Six exemplaires de ces bateaux appelés "Skuldelev" ont été découverts. Renfloués dans les années 1960, ils ont déjà fait l'objet de répliques sur plusieurs chantiers. Le projet de Damien Bouet est décidé : "Construire un bateau de guerre viking, un Skuldelev 5", du XIème siècle.
"Plus grand ne veut pas dire plus cher"
Son objectif est de "restituer un bateau viking à l’identique". Pour cela, il n’hésite pas à accumuler et à analyser les données archéologiques sur le Skuldelev.
Avec un physicien allemand, ils élaborent "des plans créés à partir de l’original, puis une modélisation en 3D."
Ses deux copains, Thibaut Grimaldi, chef d’entreprise à Lisieux et Frédéric Palmer, capitaine de marine au Havre, et quelques bénévoles des Voiles norroises, l’accompagnent dans son projet titanesque. Et la construction démarre en 2015.
Pour plus de facilité, ils ont reçu le soutien de l’association Dreknor, qui a déjà construit un bateau à Cherbourg. Elle les héberge dans son local, près du port. En plus de l’outillage et du matériel, Marc Hersent, le président, a incité Damien "à construire un 18 mètres plutôt qu’un 10 mètres. Parce que plus grand ne veut pas dire plus cher…"
Un travail de Viking
La fabrication du Skuldelev 5 a démarré à la force des bras. Le bois, trouvé sur pied en Normandie, est coupé à la hache,"comme à Falaise, où nous avons débité, en plein champ, un chêne de 1,40 m de diamètre, tombé après une tempête", raconte Damien Bouet, avec son caractère bien trempé.
Dans l’esprit viking, les grumes sont équarries avec des coins et les planches façonnées à l’herminette. Un palan est fabriqué pour déplacer et lever les billes de bois. Les outils qui nous servent sont également fabriqués sur place: hache, herminette… Vincent Lecouturier, compagnon forgeron, a réalisé des outils vikings avec un corps en fer et un tranchant en acier. Par contre, nous nous servons aussi parfois d’outils modernes."
Pour se calquer sur le travail des charpentiers scandinaves, chaque bénévole a appris à forger les rivets et les rondelles carrées. Même le goudron est fait sur place.
Un puzzle de 19 pièces
La quille, l’étrave et l’étambot (à l’arrière du navire) sont posés à la main. Soucieuse d’améliorer sa technique, l’équipe de bénévoles "a démarré, entre deux, la fabrication d’un faering, une grosse barque viking de 6,50 mètres", mais utilise pour ce faire des outils actuels.
L’ajustement des bordés, donnant la forme de la coque, est complexe. Gilles Lemonnier, "notre scieur, a trouvé du bois 'tordu' convenant bien". Chaque week-end, ils sont deux ou trois, pas plus, à travailler sur le chantier.
À partir du printemps, ce dernier devrait connaître une accélération car tous les éléments de conception difficile ont déjà été réalisés.