L’analyse des derniers relevés archéologiques obtenus grâce aux géoradars sur le site royal de Borre a dévoilé de nouvelles informations sur les trois halles. Utilisées par des personnes de haut rang, elles pourraient aussi être mentionnées dans d'anciennes sagas nordiques.
Un article paru dans la revue Antiquity de ce mois de février, accessible sur Cambridge.org, présente les relevés de données des géoradars et les caractéristiques de ces halles. L'auteur principal, le professeur Christer Tonning, estime que ces dernières étaient en fonction en même temps que le site funéraire, ce qui établit de nouvelles preuves sur l'importance des halles aux yeux d'une société qui édifie des tumuli.
Un lieu de sépultures royales
Le site de Borre a été identifié pour la première fois par des archéologues en 1852, lorsque les vestiges d'un bateau-tombe de l'Âge Viking ont été découverts par des ouvriers du réseau routier norvégien. Il s’agit désormais de l'un des plus grands sites de monuments funéraires de Scandinavie, datant de la fin de l'Âge du Fer et de l’Âge Viking, entre 400 et 1050 de notre ère.
Comprenant à l'origine neuf tertres funéraires dont 7 conservés, trois cairns funéraires et plus de 40 autres structures funéraires mesurant jusqu'à 47 mètres de diamètre et 7 mètres de hauteur, le site est décrit par les chercheurs comme un "cimetière royal".
Semblables aux salles de la mythologie nordique
Les halles vikings, identiques aux halles se trouvant au Danemark dès le IVème siècle avant notre ère aux alentours des habitations des grandes exploitations agricoles, sont mentionnées dans les anciennes sagas, l’Edda Poétique et l’Edda de Snorri. Mais elles apparaissent pour la première fois dans l'ancien poème intitulé Beowulf, où il est dit que le roi danois Hrothgar a construit une grande Halle appelée "Heorot".
Dans la mythologie nordique, ces bâtiments sont communément appelés "salr" ou "holl̨" et contrairement aux maisons longues, ils n'étaient pas utilisés comme habitations. Leur architecture impressionnante était conçue pour des assemblées sacrées par lesquelles l'élite maintenait et faisait rayonner l’aura de son pouvoir, de sa force, son autorité et son prestige sur la société dans la Scandinavie de l'Âge du Fer.
L'équipe d'archéologues et d'experts en lecture de données obtenues par géoradar s’est donc demandée si les trois halles ne figuraient pas certaines des grandes salles mentionnées dans les mythes nordique. L’article consacré à leur recherche est la première publication au sujet de ces nouvelles découvertes; il détaille avec précision la disposition des halles les unes par rapport aux autres, leurs dimensions et présente les différences entre maisons longues et halles dans les pays scandinaves.
La plus grande des trois halles domine le fjord
Le bâtiment A date de la fin de l'Âge du Fer nordique (400 - 800 de notre ère) et mesurait environ 40 mètres de long sur 12 mètres de large. Les données du géoradar ont révélé "59 trous de poteaux clairement identifiables" avec des diamètres compris entre 0,80 et 1,50 mètres. D’après les chercheurs, 25 de ces trous de poteaux dans la partie centrale du bâtiment étaient des poteaux porteurs et 22 d'entre eux allaient par paire pour former des "chevalets".
La numérisation et l'interprétation du bâtiment B se sont avérées être les plus difficiles en raison de la nature évolutive de ses composants. À l'instar du bâtiment A, cela pourrait signifier qu"il y a eu plus d'une phase d'occupation et qu’un certain nombre de changements ont été apportés au fils du temps. 14 poteaux porteurs sont jumelés pour former sept chevalets, ainsi que 12 poteaux muraux du côté est et 10 du côté ouest du bâtiment. Elle mesurait au maximum 33 mètres de long par 11 mètres de large, à environ 0,25 à 0,70 mètres en-dessous de la surface du sol, avec une zone centrale ouverte.
Le bâtiment C est situé à environ 140 mètres au sud-ouest, au sommet d'une crête dominante d’où il surplombe un terrain légèrement incliné en direction du littoral. Les chercheurs pensent que cette halle devait offrir un spectacle grandiose aux navigateurs dans l'Oslofjord. Il est le plus grand des trois bâtiments, mesurant 63 mètres de long sur 18 mètres de large, et dispose de 23 poteaux porteurs disposés en 11 chevalets espacés de 5 à 6 mètres et d'une zone centrale ouverte.
"Une fonction spéciale"
D'après les relevés, les trois halles de Borre se composaient toutes d'une pièce centrale contenant des foyers qui n'étaient utilisés ni pour la cuisine ni pour l'artisanat. Elles ont toutes des espaces ouverts en leur centre et la largeur des trous de poteaux indique une "construction de toitures inhabituellement hautes, qui diffère de celle des bâtiments d’habitation".
De plus, aucun des bâtiments ne comportait de divisions internes qui auraient indiqué un usage domestique multifonctionnel. Leur emplacement sur les hauteurs, associé au cimetière royal de Borre qui surplombe le fjord d'Oslo, donnent fortement à penser à l'équipe de chercheurs que les halles remplissaient "une fonction spéciale".
En concluant que les trois bâtiments étaient situés de manière à être clairement visibles depuis les environs dans une volonté d’asseoir et promouvoir le pouvoir et le statut d’une élite, les chercheurs pensent que les bâtiments A et B auraient pu être érigés soit avant, soit en même temps que les tumuli 6 et 7, qui ont été datés au radiocarbone entre le VIème et le VIIème siècle de notre ère.
La disposition inhabituelle et les imposantes dimensions du bâtiment C suggèrent qu'il a été construit au moment de la transition entre l'Âge du Fer et l'Âge Viking. Par ailleurs, en raison du fait qu'il était visible de la mer, les archéologues estiment qu'il devait appartenir à un puissant dirigeant viking.