Éclipsé par Gokstad et Oseberg
Le tumulus que les gens de la région appellent "Rundhøjjen" a été fouillé en 1874 par un jeune archéologue berguénois, Anders Lorange. En creusant un puits dans le tertre funéraire, il trouva le premier les traces d'un bateau et un certain nombre d'objets datés de la fin du VIIIème siècle.
Le bateau-tombe fut appelé Myklebust d'après le nom de la ferme, "Myklebustgarden", où il a été mis au jour et où se trouvaient 5 tertres funéraires.
Hélas, sa découverte fut rapidement éclipsée par celles du bateau de Gokstad en 1880 et du bateau d'Oseberg en 1904, tous deux dans un état de conservation qui leur a permis depuis lors d'être exposés tandis qu'il n'y avait, pour ainsi dire, rien à montrer du navire de Myklebust, brûlé lors des funérailles.
Par la suite, le site est presque tombé dans l'oubli sans jamais être correctement examiné. Du moins jusqu'à récemment.
À 75% intact
Le rapport d'Anders Lorange, qui ne disposait pas des méthodes d'analyse et des moyens technologiques de l'Archéologie d'aujourd'hui, s'est avéré avare en informations sur la largeur et l'emplacement de la tranchée excavée en 1874.
"Lorsqu'Anders Lorange a examiné le tumulus il y a 150 ans, il l'a fait selon les méthodes de l'époque. Nous sommes désormais en mesure de mener des fouilles plus approfondies – et d'en apprendre davantage encore", a expliqué Hanna Geiran.
Dès lors, les archéologues de l'Université de Bergen, en collaboration avec l'Université de Stavanger (UiS), ont dû procéder par étapes. Avant de donner le premier coup de pelle, ils ont étudié à l'aide d'un géoradar la structure et la composition du tertre funéraire, comme du sol à ses abords, afin de concentrer leurs recherches sur les couches remblayées par leur prédécesseur.
Les résultats qu'ils ont obtenus - et qui se sont avérés exacts lorsqu'ils ont commencé à creuser - montrent que seulement 1/4 du tumulus a été fouillé il y a un siècle et demi. Cela signifie donc que 75% du tertre de 30 mètres de diamètre et de 4 mètres de haut, est resté intact.
Plusieurs milliers de rivets
Aux 600 rivets et 42 umbos de boucliers répertoriés en 1874 et conservés à Bergen, il faut à présent ajouter la découverte de plus de 600 artefacts, parmi lesquels 500 rivets en bien meilleur état, avec parfois des restes de bois, des umbos de boucliers et un anneau en bronze. "Nous en avons découvert autant que Lorange", relève Morten Ramstad.
La totalité des artefacts donne une idée plus précise des dimensions impressionnantes du bateau-tombe. "Plus de 1000 rivets ont été trouvés alors que nous n'avons fouillé qu'un quart du tumulus. Commencez simplement à compter. Peut-être parlons-nous en tout de plusieurs milliers de rivets pour ce navire", avance l'archéologue en estimant que leur nombre pourrait dépasser les 5000.
"Il s'agit peut-être du plus grand navire viking de Norvège, mais nous n'en sommes pas sûrs", nuance prudemment Hanna Geiran. "Une analyse plus approfondie des rivets permettra de mieux appréhender la longueur et la fonction de ce navire".
À titre d'exemple, plus de 3000 rivets ont été découverts sur le bateau de Gokstad qui ne mesure "que" 23 mètres de long. Le plus long navire connu datant de l'Âge Viking est le Roskile 6, mis au jour en 1997 lors de la construction du port du Musée des Navires vikings à Roskilde. En ajoutant la proue et la poupe à la quille de 32 mètres de long, ce navire atteint une longueur totale de 36 à 37 mètres.
Des vestiges d'un ancien centre de pouvoir
En sus des artefacts, les archéologues ont aussi mis au jour du matériel osseux. Il provient sans doute d'animaux sacrifiés lors des rituels funéraires mais, selon eux, il n'est pas exclu que des personnes aient également accompagné le défunt dans l'au-delà.
Les relevés du géoradar, réalisés par l'équipe de l'Université de Stavanger, ont par ailleurs permis de détecter la présence d'autres tombes dans et autour du tumulus de Myklebust, dont une à proximité dépourvue de superstructure, ainsi qu'un établissement de l'époque viking avec les vestiges alentour de plusieurs bâtiments qui pourraient être des ateliers de fabrication.
"Le but ici était d'en savoir plus sur le tumulus, mais aussi sur ses environs. Les fouilles montrent qu'il s'agissait d'une grande ferme et d'un centre de pouvoir", a annoncé Hanna Geiran.
"Nous avons maintenant acquis la certitude qu'il existe là un établissement culturel intact de l'époque viking. Cela semble presque irréel. C'est une expérience formidable. Nous sommes incroyablement chanceux d'avoir reçu cette mission de la part de l'Autorité nationale du Patrimoine Culturel", confie Morten Ramstad.
Une porte d'entrée vers le royaume des morts
Une autre découverte d'Anders Lorange mentionnée dans son rapport de fouille, a pu être confirmée par les données du géoradar. Il s'agit de la présence d'un large fossé comblé au XIXème siècle qui ceignait le tumulus, avec deux ponts.
Ramstad et ses collègues n'ont aucune certitude quant à la fonction de ce fossé de quatre mètres de large et d'un mètre de profondeur, qui pourrait avoir servi de douves. "L'objectif principal était probablement de fournir des matériaux de construction pour le tumulus. Mais cela devait également rendre le tertre funéraire plus imposant qu'il ne l'était en réalité", suppute l'archéologue.
"Il s'agissait d'une porte d'entrée vers le royaume des morts, et cette surface d'eau de quatre mètres de large entourant le tumulus devait créer une scène spectaculaire", a-t-il poursuivi.
Une "bouteille à la mer" dans un bateau-tombe
Personne ne s'attendait à trouver à l'intérieur du tumulus une bouteille avec un message de la part d'Anders Lorange.
"J'ai fait de nombreuses et merveilleuses découvertes au cours de ma carrière, mais celle-ci est probablement la meilleure. L'exaltation s'est emparée de tous les archéologues présents pendant de nombreuses heures. Cela a été une formidable expérience de partager ce moment avec les collègues", confie Morten Ramstad.
Lorange est cependant connu pour avoir laissé des messages sur d'autres sites. Dans celui du tumulus de Rakne datant de 1870, découvert lors de fouilles en 1940, il s'adressait à ses "très estimés collègues chercheurs!" et leur souhaitait plus de chance que lui.
Ici, c'est la rectrice de l'Université de Bergen, Margareth Hagen, qui aura l'honneur d'être la première à lire ce qui est écrit, une fois que les conservateurs de l'UiB auront réussi à retirer le papier de la bouteille - où de l'eau a pénétré - en toute sécurité. En attendant, les archéologues ont pris soin avant de refermer la tranchée en déposant à leur tour une bouteille mais n'ont rien révélé à quiconque du message qu'ils y ont glissé.
Un trésor pour l'avenir
Au VIIIème siècle, plusieurs centaines de jours de travail ont sans doute été nécessaires pour édifier un tumulus de cette taille, symbole du pouvoir du défunt. C'est la raison pour laquelle certains pensent qu'il pourrait s'agir de la sépulture du roi Audbjørn qui, d'après l'Histoire des Rois de Norvège de Snorri Sturluson, est mort au combat en 876 lors de la bataille de Solskjel contre Harald Ier dit "à la Belle Chevelure".
Seule la fouille de l'ensemble du tertre funéraire serait susceptible de fournir des réponses. Mais le tumulus a été refermé lundi 21 Octobre 2024 car, comme l'a expliqué Hanna Geiran: "Le patrimoine culturel est une ressource non renouvelable. C'est un trésor pour l'avenir que nous recherchons".
"Il est très important de disposer de traces physiques pour une demande d'inscription à la Liste du patrimoine mondial. Nous en avons dorénavant, ce qui renforcera l'évaluation que nous allons présenter au Ministère du Climat et de l'environnement en vue de l'inscription sur la liste indicative norvégienne", a-t-elle assuré.
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