Un lifting à 2 millions d'euros
Pour l'adjoint au maire chargé du Tourisme, Loïc Jamin, pas question de laisser l'oeuvre partir "une fois restaurée". La restauration de l'oeuvre doit avoir lieu en même temps que la fermeture du Musée de la Tapisserie, à partir de l'automne 2024, en raison de travaux qui permettront la création d’un nouveau musée dont l’ouverture est prévue en 2026.
Avant la crise sanitaire, la tapisserie attirait 400 000 visiteurs par an dont 70% d'étrangers. Sa restauration "est aujourd'hui évaluée à 2 millions d'euros", selon l'Etat, sans que l'on sache quel lieu, forcément proche de celui de sa conservation, pourra accueillir la remise en état d'une oeuvre aussi monumentale que fragile.
Le prêt aux Anglais de cette première transcription en images d'un épisode clé de l'histoire de l'Europe du Nord-Ouest serait une première. Il a déjà été deux fois envisagé, sans aboutir: en 1953 pour le couronnement de la reine Elisabeth II et en 1966 pour le 900ème anniversaire de la bataille d'Hastings, à l'issue de laquelle Guillaume, duc de Normandie devient roi d'Angleterre.
Certaines altérations ont un intérêt historique
Rien que pour déplacer l’œuvre dans son étroit local technique pour le constat d'état, il a fallu "mobiliser une équipe de plus de 50 personnes parfaitement coordonnées et qui ont l’habitude de réaliser ce mouvement. C’est une opération dans l’opération", souligne M. Verney.
L'idée de la restauration n'est pas de nettoyer toutes les taches ni de gommer toutes les détériorations, au risque d'abîmer davantage la toile de lin. Il s'agit plutôt de mettre à profit les 18 mois minimum de fermeture du musée pour "stabiliser" l'ouvrage. Certaines altérations seront conservées, "à moins qu'elles ne constituent un risque d'aggravation de son état", car elles ont un intérêt historique, comme certaines réparations de la toile réalisées dans le passé ou ces traces de cire provoquées par l’éclairage à la bougie dans la cathédrale de Bayeux où la tapisserie a été exposée au XVème siècle.
Plus préoccupants pour l'avenir de l’œuvre sont en revanche les trous et déchirures relevés sur le textile, qu'il résultent des clous d'accrochage ou de l'usure du tissu. La tapisserie souffre aussi de plis liés notamment à sa doublure aujourd'hui trop étroite.
La "vieille dame" de près de 350 kilogrammes (toile d'origine et de doublage) est à ce point fatiguée qu'elle sera, à l'issue de sa restauration, exposée inclinée et non plus à la verticale.