Le long de la route commerciale des Varègues
La découverte des disques en pierre le long des rivières a orienté les travaux des chercheuses sur l’impact possible des marchands et navigateurs scandinaves appelés Varègues, qui effectuaient de nombreux voyages dans toute la région, le long du corridor commercial "des Varègues aux Grecs". En établissant une connexion entre la mer Baltique et la mer Noire, cette route fluviale a facilité les interactions culturelles et technologiques entre les communautés.
Olena Veremeychyk et Olga Antowska-Gorączniak soutiennent notamment que la conception et la fonction des disques correspondent aux technologies maritimes scandinaves.
Les boussoles solaires utilisées par les Vikings pour la navigation possédaient un gnomon (un long bâton projetant une ombre), avec un cadran marqué de lignes spécifiques pour déterminer la direction et la latitude en fonction de la position du Soleil. Des artefacts similaires en bois et en os ont été découverts au Groenland comme dans la région de la mer Baltique, ce qui suggérerait un héritage technologique commun.
"L’origine de la matière première suggère une fabrication locale. En même temps, la forme et la fonction peuvent avoir été influencées par les commerçants et les marins scandinaves, ce qui concorde avec la présence de ces disques le long des rivières sur la route commerciale", écrivent les auteures dans leur étude.
Adaptation ou évolution des boussoles solaires scandinaves?
Les mesures et les analyses de la surface des artefacts ont révélé que trois des disques qui proviennent de sites-clés tels que Kiev, Listven et Liubech, présentent des caractéristiques comparables à celles des boussoles solaires vikings: un trou percé au centre et la gravure de motifs radiaux.
Bien qu'aucun gnomon n'ait été trouvé avec les disques de pyrophyllite, ils pourraient avoir été utilisé pour tracer des lignes avec des matériaux effaçables comme la craie ou le fusain, ce qui aurait permis d'observer et de s'adapter aux nouvelles latitudes à chaque fois que leur utilisateur se déplaçait.
Cependant, l'absence de marquages permanents des lignes d'équinoxe et de solstice, fréquents sur les boussoles d'origine scandinave, donne encore matière à réflexion.
En outre, le diamètre et la conception des disques ukrainiens sont très proches de ceux des instruments de navigation découverts à Wolin, en Pologne, et au Groenland, soulignent les chercheuses, bien que les trous au centre de ces derniers soient plus petits. Mais il est possible, selon les chercheuses, que cette différence de taille représente une adaptation locale des instruments de navigation vikings ou des évolutions dans leur utilisation.
Une interprétation controversée
Cette nouvelle interprétation selon laquelle les disques en ardoise pyrophyllite seraient des instruments de navigation ne fait pas l'unanimité. Les gravures à la surface des artefacts et l'absence de gnomons, en particulier, relancent le débat autour d'autres usages tels que celui d'outils artisanaux ou même d'objets symboliques, qui ne peuvent être exclus.
La reconstitution en 1984 d’un disque en bois du Groenland a montré qu’il aurait pu servir de boussole solaire lors d’un voyage, mais sa fonction réelle reste malgré tout controversée, des utilisations possibles comme flotteur de pêche ou tampon de poterie, par exemple, ayant été proposées.
Pour lever ces incertitudes, les chercheuses préconisent des analyses plus poussées de ces objets, notamment des mesures plus détaillées, la vérification de leur datation, des études sur l'usure de la surface et des recherches archéologiques expérimentales. "D'autres études et expériences archéologiques sont nécessaires pour confirmer si ces disques avaient un but pratique pour la navigation", concluent Olena Veremeychyk et Olga Antowska-Gorączniak.