L’occupation funéraire
Une cinquantaine de sépultures se situent autour et à l’intérieur d'une chapelle qui pourrait être celle du prieuré Sainte-Eulalie, mentionné pour la première fois dans les sources en 1156 mais dont les origines sont inconnues, qui fut détruit lors des guerres de religion.
L’occupation funéraire débute autour de la fin du VIIIème siècle et s'étend jusqu'au XVème siècle. Outre ces 48 sépultures individuelles primaires, les archéologues ont mis au jour un ossuaire et plusieurs zones contenant des ossements humains provenant de sépultures perturbées ou recoupées.
Hormis des sépultures à l’intérieur de la chapelle datant des XIVème- XVème siècles, les tombes remontant à la période carolingienne (fin VIIIème-Xème siècles) sont toutes à l’extérieur. Ce sont pour la plupart de simples fosses, fermées par une couverture en bois ou parfois un aménagement de bois et de pierre.
Parmi ces tombes, quelques-unes se distinguent par la position des corps, leur orientation et la présence d’objets.
Cinq sépultures atypiques
Traditionnellement, les défunts sont allongés sur le dos, les membres inférieurs en extension. Trois individus sont dans une position inhabituelle: l’un est étendu sur le côté gauche et ses membres inférieurs fléchis, l'autre est allongé sur le ventre et le troisième est sur le dos mais ses membres sont repliés et surélevés.
Pour les deux derniers, il reste à confirmer si ces positions sont volontaires ou liées à l’effondrement de l’architecture de la tombe. Quoi qu’il en soit ces deux sépultures sortent de la norme puisqu’elles sont orientées la tête au sud-sud-ouest.
Ces inhumations comprennent du mobilier (parures, vêtements ou objets personnels) et dites "habillées" sont tout à fait exceptionnelles à l’époque carolingienne. Le mobilier se compose de deux peignes (en os ou bois de cervidés) dont l’un à décor géométrique trouve des parallèles dans la région frisonne.
Des perles en ambre, en verre, en os et en alliage cuivreux sont présentes dans deux sépultures, sous forme de collier ou accompagnant des objets métalliques. Ces perles se rapprochent d’exemplaires bien connus dans l’ensemble du monde nordique où elles sont datées du IXème siècle.
Le mobilier métallique comprend plusieurs objets en fer dont un couteau pivotant, modèle déjà identifié dans la moitié sud-est de l’Angleterre. Enfin, une ceinture en alliage cuivreux (et peut-être placage d’argent?) présente un décor d’entrelacs et évoque le monde anglo-saxon.
Étude du mobilier
L’observation du mobilier tend à rapprocher celui-ci de la culture matérielle des sociétés de la mer du Nord : peut-être la côte sud de la mer du Nord et de l'Angleterre. Le mobilier de La Flotte n’a pas d’équivalent en France ce qui rend les comparaisons difficiles. Les analyses des perles en verre, de la matière animale des peignes, perle et aiguilles et des matériaux minéralisés (bois, textile) permettront de connaître l’origine de certains matériaux.
La mise en état pour étude du mobilier permet de garantir sa conservation et d’améliorer sa lisibilité en vue de son examen. Les différentes interventions prévues visent à la préservation du mobilier, souvent fragile (perles en ambre notamment) à sa stabilisation ou à son nettoyage pour accéder à la surface. Ce travail sera réalisé au laboratoire Arc’Antique, service du département de Loire-Atlantique et spécialisé dans la conservation-restauration du patrimoine archéologique terrestre et sous-marin.
Ce travail de conservation-restauration s’appuie sur les expertises du laboratoire, notamment en imagerie et en science du patrimoine. Le travail du laboratoire permettra notamment d’accéder aux différents décors (ceinture/peigne), d’étudier les restes de textile conservés à la surface de certains objets, d’identifier les matériaux et de manipuler les objets les plus fragiles.
Aujourd’hui deux hypothèses sont envisagées: une population d’origine étrangère au sein d’un cimetière local ou quelques locaux privilégiés affichant leur statut particulier jusque dans la mort. Dans les deux cas, la fouille de La Flotte est la preuve archéologique de contacts entre l'île de Ré et les mers nordiques qui s'inscrivent dans un vaste réseau d'échanges et de conflits. Les datations au radiocarbone de l'ensemble des tombes, les analyses isotopiques et génomiques sur les individus permettront peut-être d'accéder à leurs origines géographiques et génétiques, et, éventuellement, à leur statut social.
"L'enquête ne fait que commencer, et pose pour l'heure davantage de questions que de réponses (...). Les premières comparaisons évoquent des royaumes anglo-saxons, mais aussi les peuples frisons et danois", a déclaré Annie Bolle au média local.
- Source et photos des découvertes à consulter ici: www.inrap.fr